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 And confess your love as well as your folly [R.]

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MessageSujet: And confess your love as well as your folly [R.]   Lun 28 Nov - 2:55

Brodericks' Castle


You did not think when you sent me to the brink.
You desired my attention but denied my affections.

Des mains expertes resserrèrent la sangle contre les flancs du cheval bai qui s’ébroua, davantage par ennui que sous une pression excessive du cuir dans sa chair. Aideen lui flatta distraitement l’encolure tout en remettant quelques cheveux correctement en place dans la natte faite quelques heures plus tôt. La nuit avait encore une fois été courte, néanmoins les cauchemars n’y étaient presque pour rien. L’inquiétude était à blâmer pour ses récentes insomnies. A chaque fois qu’elle se couchait se créait cette douleur au creux de son estomac qui l’empêchait de rejoindre les bras de Morphée ; elle se tournait et se retournait dans ses draps sans parvenir à fixer son attention sur une émotion apaisante. Elle n’était plus qu’une boule de nerfs, constamment à cran, voire à la limite de devenir agressive sans raison. Une remarque de la part d’un serviteur lui ouvrit les yeux sur son attitude capricieuse et lunatique ; ainsi avait-elle décidé de s’éloigner du château dès l’aube arrivée, emportant avec elle son épée qui avait interdiction d’accès à Hogwarts et qu’elle était toujours très heureuse de retrouver à chaque fois qu’elle rentrait chez elle. Ce principe de réserver les entraînements de combats armés aux hommes l’emplissait d’une grande frustration, elle était persuadée de pouvoir tenir en échec au moins la moitié des élèves de sexe masculin de l’école. Il n’était malheureusement pas de son ressort de balayer d’un revers de la main des décennies de ségrégation à l’encontre des femmes. Peut-être qu’un jour les choses changeraient, mais sa génération n’en serait pas témoin, de cela elle avait conscience. Elle aurait pu se faire porte-parole de sa caste auprès d’un des directeurs, toutefois elle avait perdu sa place privilégiée auprès de son cousin quelques années plus tôt, et avec elle toute l’influence dont elle avait été dotée à une époque de sa vie. Epoque qui s’éloignait de plus en plus à mesure que les jours s’égrainaient, l’enfonçant un peu plus dans cette solitude dont elle n’avait pas l’habitude.

Un renâclement de la part de sa monture lui indiqua qu’elle était arrivée à destination. Elle mit pied à terre et parcourut les quelques mètres qui la séparaient d’une maisonnette construite de pierres et de chaume. L’habitation était inutilisée depuis aussi loin que ses souvenirs remontaient. Elle avait fait de cet endroit son emplacement idéal d’entraînement à l’épée. Situé sur une petite colline qui offrait une pleine vue sur la demeure familiale, proche des tours mais suffisamment éloigné pour prétendre à une tranquillité certaine, l’endroit était l’un de ses favoris dans l’enceinte du château. Elle n’avait jamais jugé utile de le garder secret, les serviteurs étaient suffisamment intelligents pour savoir qu’il n’était pas sans péril de venir la déranger sans raison valable, et ses parents ne s’aventuraient quasiment jamais au dehors. Elle était en quelque sorte la maîtresse de ce lieu reculé et cela lui convenait très bien ainsi. Elle attacha l’étalon à un piquet spécialement conçu pour cela puis desserra sa sangle pour lui permettre de se délecter de l’herbe alentour sans trop de difficultés : elle comptait rester un temps assez conséquent ici. Jusqu’à temps que ses forces s’épuisent, que la fatigue se fasse ressentir et que la plupart de ses troubles s’évapore pour laisser son esprit en paix, au moins temporairement. Elle n’aspirait à rien d’autre. Abandonnant sa cape de voyage sur un banc de bois défraîchi, elle inspira profondément l’air glacial du petit matin avant de se diriger vers la bâtisse, s’arrêtant devant un mur sur lequel était adossé un mannequin d’entraînement, cadeau de son géniteur quand il avait débuté sa formation de petit soldat au féminin. Elle lui en avait fait voir de toutes les couleurs au fil des années, il restait cependant debout, fidèle à ses côtés comme aucun être humain n’avait réussi à le faire. La jeune femme lâcha un rire nerveux en installant sa cible sur son socle. Si elle s’écoutait, elle aurait presque pensé connaître l’existence la plus pathétique de tout le royaume ; ce qui était loin d’être le cas, elle n’avait aucune raison de se plaindre. Elle vivait dans le luxe et était en bonne santé. Elle entrait dans l’Histoire en faisant partie d’une création aussi géniale que pouvait l’être Hogwarts. Il était grand temps qu’elle retrouve son optimisme et cesse de s’apitoyer sur son sort. Chaque coup de lame qu’elle portait sur l’homme en bois y contribuait et la rapprochait d’un état de paix intérieure.

Les chocs métalliques résonnaient à ses oreilles aussi agréablement que la mélodie d’une harpe, elle ne pouvait s’empêcher de sourire en faisant preuve d’une telle violence contrôlée. Elle se sentait à sa place, même si celle-ci était à mille lieux de celle qui lui était réservée. La sensation désagréable d’être observée la fit interrompre son ballet de bottes et autres parades, elle resta un long moment sans bouger, faisant face au mannequin inexpressif mais rassurant, avant de se retourner. Le calme éphémère qui s’était emparé de son organisme disparut en une seconde, laissant place à une colère sourde tandis que ses yeux se posaient sur la silhouette familière d’Elwyn Moorehead. L’envie de lui demander ce qu’il faisait là fut moins forte que celle de lui envoyer quelque chose en plein visage ; elle parvint à contenir les deux et garda le silence, le fixant avec intensité, les doigts crispés sur le manche de son épée. De quel droit osait-il se montrer sur les terres des Broderick ? Et, question plus importante encore, pourquoi avait-il l’audace de se présenter en face d’elle alors qu’il n’avait fait que l’ignorer durant ces dernières semaines ? La voix de sa mère résonna furtivement dans sa tête et l’obligea à faire preuve de la politesse qui allait de paire avec son rang.
« Elwyn, » le salua-t-elle donc, sans la moindre émotion dans la voix. Elle n’avait nullement envie qu’il se sente le bienvenu. Pas aujourd’hui. Pas maintenant qu'il venait de refaire s'emballer ce cœur qu'elle avait eu tant de mal à apaiser.

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Dernière édition par Aideen Broderick le Ven 6 Jan - 2:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Lun 28 Nov - 21:06

Pain, without love
Pain, I can't get enough
Pain, I like it rough
'Cause I'd rather feel pain than nothing at all

Ces dernières semaines avaient été particulièrement éprouvantes pour Elwyn. Autant sur le plan moral que physique. Après avoir pris l’importante décision de rompre tout contact avec la belle Aideen Broderick, il était désormais question d’assumer ses choix, même les plus irréfléchis. Hélas, il n’était pas très fier du mal qu’il causait autour de lui avec une facilité toujours plus déconcertante au fil des années. Lui qui pensait avoir perdu cette faculté déplaisante, il réalisait maintenant que le naturel ne pouvait continuellement être rejeté. Il était bien entendu possible de le dissimuler pendant un temps, mais il finissait toujours par refaire surface. La plupart du temps, à des moments que l’on ne choisissait pas. Ainsi, les dégâts étaient davantage impressionnants, parfois ils devenaient même irréversibles. Mais il ne pensait pas avoir encore atteint ce niveau là de la malédiction. Son imperfection était troublante, voire déroutante, mais le plus souvent rachetable. Seulement, il apprenait à ses dépens que le temps n’était pas forcément un allier pour lui et que cela n’allait pas en s’arrangeant. Etre adulte impliquait beaucoup trop de responsabilités, dont celle de prendre la charge de sa propre bêtise. Sa panoplie d’excuses possibles diminuait au fur et à mesure qu’il prenait de l’âge. Il s’agissait sans doute là du plus grand problème du jeune homme. Ce n’était un secret pour personne, sa maturité ne pouvait vraisemblablement pas faire bon ménage avec sa crédulité certaine. Cette fusion n’était pas compatible. Mais il persistait à s’obstiner vainement, quitte à heurter son entourage. Et la brunette fut la première touchée par ses comportements lunatiques. Aussi triste que cela puisse paraître, elle en payait le prix fort, tout comme il se punissait seul inutilement. Car oui, les raisons de ses agissements étaient encore floues dans son esprit et il n’était pas certain de ce qu’il faisait. L’unique détail qu’il croyait sûr, c’était le bonheur d’Aideen sur le long terme. Sa présence était nuisible, il le savait parfaitement, on le lui avait suffisamment répété durant son enfance pour qu’il retienne cette pénible leçon. Et si la jeune femme ne partageait pas son opinion, alors il ne savait pas de quelle manière le lui prouver. Il était hors de question de la blesser gratuitement dans le but de la convaincre car c’était justement ce qu’il souhaitait au final éviter à tout prix.

Un léger incident, sans grande conséquence mais dérangeant, était venu le frapper quelques jours plus tôt, l’obligeant alors à réduire les efforts physiques pendant une bonne semaine. Interdiction formelle de transplaner durant ce laps de temps, au risque d’aggraver son cas au pire encore, de se disloquer un membre qui jusque là se portait pourtant très bien. Il avait bien entendu suivi l’avis de l’infirmière de Hogwarts qui avait préféré le garder en observation un temps certain. Aussi pour comprendre ce qui avait bien pu se passer dans la tête du jeune homme pour se laisser transpercer par la lame d’une épée sans même riposter. Mais, comme il fallait s’en douter, elle n’avait pu mettre le doigt sur le dérangement dont son patient était victime. Muet comme une carpe, il s’était contenté d’expliquer le strict minimum tout en s’appliquant pour donner le moins de détails possibles. Elwyn était très doué à ce petit jeu là. En règle générale, les gens finissaient par baisser les bras en constatant à quel point son cas était désespéré et que, de toute évidence, il ne désirait recevoir l’aide de personne. Fait d’autant plus troublant, il semblait en pleine possession de ses moyens et de son esprit, alors pourquoi agir de manière aussi irresponsable et stupide ? Beaucoup se posaient encore la question à l’heure actuelle. Dans tous les cas, cette mésaventure l’avait bien embêté. Car contraint de rester au château, il n’avait pas pu mener à bien ses projets de la semaine qui consistaient à se rendre chez les Broderick pour récupérer des affaires lui appartenant. La prohibition ayant été levée aujourd’hui, il n’avait même pas pris la peine de repasser par chez lui et s’était aussitôt rendu sur ces terres qu’il avait tant de fois foulé dans le passé. Encore récemment, à dire vrai. A bien des égards, ces lieux étaient aussi les siens même s’il n’avait aucun droit direct – d’héritier – sur le domaine.

Conscient qu’il était probablement un peu tôt pour une petite visite de courtoisie, le Vert et Argent avait décidé de transplaner en plein cœur de la forêt bordant la propriété. Une longue promenade lui ferait le plus grand bien après ces quelques jours d’enfermement total. Une fois arrivé à destination, Elwyn souleva légèrement sa tunique pour s’assurer de l’état du bandage lui entourant grossièrement la taille. De toute évidence, le voyage s’était très bien passé. La plaie n’avait pas eu l’idée saugrenue de se rouvrir d’elle-même ! Toutefois, l’infirmière lui avait prescrit une pommade à appliquer plusieurs fois par jour pour accélérer le processus de cicatrisation. C’est certain d’être arrivé entier qu’il entreprit de parcourir les terrains de son ancien domicile. La sangle de sa sacoche resserrée sur son épaule, il explora les bois durant une bonne demi-heure, à la recherche d’herbes et autres plantations susceptibles de lui être utiles pour la préparation de ses potions. Tel un habitué, ses pas le dirigèrent instinctivement vers une petite maisonnette qui ne payait pas de mine, un peu perdue au milieu de nulle part. Et surtout désertée. A part Aideen, personne n’était amené à se rendre ici. En réalité, peu connaissaient l’existence de ce qui pourrait être considéré comme un repère secret. Lorsqu’il arriva à bon port, il constata avec regret et une certaine forme d’irritabilité que les lieux avaient déjà été envahis par une tierce personne, qu’il aurait préféré lui être étrangère. Il demeura silencieux et immobile le temps que sa présence soit remarquée, ce qui ne mit guère de temps.
« Aideen. » Répondit-il poliment dans un raclement de gorge à la salutation. Il la dévisagea aussi longtemps que ses yeux bleus le lui permettaient. Après quoi il se remit en marche en direction de la fameuse petite maison. « Je ne fais que passer. » Précisa-t-il dans le seul but de l’informer quant à la durée de son dérangement.

Sans même lui adresser un autre regard, il poussa la porte en bois – qui grinça horriblement fort – et disparut aussitôt à l’intérieur. De dehors, elle put entendre le mouvement succinct de plusieurs meubles. Bien qu’inhabitée, l’habitation s’avérait être un endroit beaucoup plus sûr que le château des Broderick lui-même. C’est la raison pour laquelle, il avait décidé de dissimuler bon nombre de ses affaires entre ces murs de pierres ; notamment des objets ayant appartenus à sa mère. De simples bijoux – toutefois coûteux – comme des grimoires de magie noire cohabitaient désormais dans sa besace. Plein d’entrain, il refit son apparition mais s’arrêta sur le seuil de la porte, le regard dirigé vers le compagnon d’infortune inanimé de la jeune femme.
« Je constate que les activités masculines te passionnent toujours autant. » Son attitude désinvolte et sa voix dénuée d’émotion prouvaient une marque de provocation dans ses paroles. Et il ne s’arrêta pas là. « Quand te décideras-tu à rester à ta place, Aideen ? » Les yeux plissés, il secoua brièvement la tête de gauche à droite, comme si son cas était désolant, avant de s’éloigner, ne voyant aucune raison valable de rester ici. Il avait récupéré ce qu’il était venu chercher. Les discussions inutiles ne faisaient plus partie de leur quotidien, et tant mieux, il pouvait ainsi aller et venir librement chez eux sans lui devoir aucune explication.

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Mar 29 Nov - 2:35

Aideen avait entendu dire que la distance contribuait à l’oubli. Elle avait fini par y croire quand, à chaque fois qu’elle mettait les pieds hors de l’école, son esprit semblait se débarrasser d’une bonne partie de ses inquiétudes. Evidemment, elle en récupérait d’autres dès l’instant où elle pénétrait au sein du château familial ; néanmoins il valait mieux se confronter à cette autorité parentale qu’elle connaissait bien plutôt qu’à la silhouette d’un homme qui brisait son cœur en un millier de morceaux. Certes, elle ne pouvait se résoudre à rester trop longtemps dans ce lieu qu’elle appelait toujours son chez elle sans réellement le penser, sa nouvelle maison – les Gryffondor – lui manquant à chaque fois plus que de raison. En quatre ans d’études au sein de Hogwarts, elle avait fini par transférer une partie de ce qu’elle considérait comme son foyer au sein de la salle commune des Sang et Or. Si au cours de ses premières années, elle avait regretté l’absence d’Elwyn à ses côtés, elle était désormais reconnaissante qu’il fasse partie de la maison de son cousin. Elle avait ainsi appris à haïr la totalité d’un groupe – les Slytherins, tous les Slytherins, sans exception ni chance offerte à ceux qui les joignaient – plutôt que des individus en particulier. Même si elle était consciente que l’échec de sa relation avec le jeune Moorehead était pratiquement entièrement de leur fait, elle ne pouvait refreiner l’idée selon laquelle Salazar avait joué un rôle important dans leur séparation. Là encore, elle n’avait eu de cesse de chercher des excuses à l’attitude d’Elwyn, à ses réactions à elle, pour tenter d’expliquer ce qui avait pu les conduire au traitement qu’ils se réservaient l’un l’autre dès qu’ils étaient en présence. L’époque où ils partageaient tous leurs secrets et flirtaient dans les couloirs de ce château même qui s’étalait sous ses yeux n’était pourtant pas si lointaine. Elle ressentait encore les effluves agréables de ces souvenirs qu’elle chérissait presque malgré elle. Il lui aurait été tellement plus simple de tirer un trait sur leurs pages communes et d’effacer le passé de sa mémoire. La simplicité n’était hélas pas de son lot, elle avait appris cette leçon à ses dépens depuis fort longtemps. Les apparences pouvaient faire croire qu’elle avait tout pour elle, qu’elle s’en sortait bien ; il en était en réalité tout autre. Elle pataugeait dans un marécage d’inconnu dicté par ses rêves, ne sachant parfois plus discerner le vrai du faux, le rêve du réel.

Tout ce qu’elle savait, à cette seconde précise, était à quel point tous ses espoirs étaient vains. Elle ne pourrait jamais s’enlever bien longtemps de la tête ce visage aux traits si doux – et si trompeurs –, ces yeux d’un bleu si profond ainsi que ces lèvres auxquelles elle avait eu la chance de goûter dans un passé qui ne faisait que s’éloigner.
« Bien, » siffla-t-elle non sans dédain en le suivant du regard tandis qu’il pénétrait à l’intérieur de la bâtisse. Ses bras se recouvrirent d’une chair de poule qui était moins due au froid ambiant qu’à le voir prendre possession des lieux comme s’ils étaient les siens. Il avait perdu ce privilège le jour où il avait décidé de quitter la demeure des Broderick sans explication. Alors qu’elle faisait passer son épée d’une main moite à l’autre, elle plissa les yeux et posa un doigt sur la baguette qui se trouvait à sa ceinture ; il lui aurait été tellement aisé de se débarrasser de lui. Là, tout de suite, il lui aurait suffi d’une incantation pour le réduire en cendres, lui et tous les souvenirs merveilleux qu’il traînait dans son sillage. La mâchoire serrée, elle entreprit de faire les cent pas, trouvant le temps incroyablement long depuis qu’elle avait posé les yeux sur lui, ce qui était loin de lui plaire. Elle aurait souhaité être dotée du pouvoir d’accélérer les minutes afin qu’il disparût de sa vue le plus rapidement possible, afin qu’il la laissât panser les plaies de ce cœur que sa simple présence blessait grièvement. Ce qu’elle pouvait mépriser l’emprise qu’il exerçait sur elle, celle-là même qu’elle avait adorée de tout son être il y avait encore plusieurs mois de cela. Il était tellement difficile de tourner le dos à une existence d’affections partagées. Elle faisait d’énormes efforts pour le sortir de sa vie mais sa volonté n’était pas suffisamment forte pour aller à l’encontre des désirs énoncés par ses deux organes vitaux. Son cerveau et son cœur n’étaient pas disposés à le laisser s’échapper.

A la suite de ce qui sembla être une éternité, la tête brune du jeune Moorehead ressortit enfin de la maisonnette ; Aideen se remit aussitôt sur ses gardes, arme dans la main droite et regard de braise activé. Il lui avait fait tellement de mal en si peu de temps qu’elle n’aurait pas été étonnée de le voir s’en prendre physiquement à elle, histoire d’achever ses noirs desseins et de l’envoyer six pieds sous terre. Occupée à songer à l’éventualité d’une attaque charnelle, elle reçut la remarque acerbe qui arrive à la place avec un étonnement impossible à dissimuler. Ces derniers mois avaient été remplis d’échanges froids mais toujours courtois ; cette fois, pourtant, la violence de son allusion la fit grimacer et elle tituba de quelques pas vers l’arrière, comme s’il l’avait atteint en pleine poitrine. Il ne fallut qu’une seconde pour retrouver tout sa constance et c’est la tête tenue bien haut qu’elle le défia du regard.
« Je constate que ça n’est toujours pas ton cas. » Elle le détailla ouvertement des pieds à la tête, un sourcil arqué en signe de profond jugement de valeur. Plutôt mourir que d’avouer qu’elle aimait ce qu’elle voyait, elle souhaitait le voir se sentir ridicule, comme elle se sentait présentement. En d’autres circonstances, elle n’aurait nullement tenu rigueur de tels propos, elle aurait certainement ri au nez de l’impertinent qui aurait osé s’adresser à elle de la sorte ; toutefois il s’agissait d’Elwyn, dès lors tout ce qu’il articulait contre elle la touchait en plein cœur. Incapable de trouver une réponse intelligente – il était vrai que le maniement de l’épée n’était pas une activité de dame, cependant il n’était pas le mieux placé pour lui faire la morale, surtout pas alors qu’il se trouvait sur son domaine – elle resta muette, la bouche entrouverte pendant qu’il reprenait sa route, lui tournant le dos pour la énième fois. La sorcière revint momentanément près de la maison, s’attarda près du mur duquel elle avait récupéré le mannequin, puis lança l’objet ainsi en sa possession en direction d’Elwyn. L’épée tomba lourdement aux pieds du jeune homme dans un bruit sourd. « Voyons qui de nous deux est le plus à sa place ici, » reprit-elle après un instant de silence. Elle fit tournoyer son arme d’un mouvement de poignet adroit et fit quelques pas vers lui. Elle s’arrêta pour se placer en position d’attaque, une lueur de provocation dans le regard. Elle ne lui laisserait pas l’occasion de se défiler ; s’il ne prenait pas l’épée maintenant, elle n’hésiterait pas à le charger pour lui faire comprendre qu’il n’était pas de bon ton de l’insulter ainsi.

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Ven 2 Déc - 0:56

Comment en étaient-ils arrivés à cette situation de non retour ? Par sa faute, bien entendu, mais encore ? D’aussi loin qu’il se souvenait, leur relation se portait très bien, malgré une légère baisse de régime trainant depuis plusieurs années maintenant. Certes n’avaient-ils jamais connu le parcours mouvementé d’amoureux transis bien incapables de respirer sans leur moitié, d’ailleurs ils n’avaient pas eu l’occasion d’endosser le statut d’amants, cependant leur idylle sans artifices n’avait rien à envier à celle des autres. Ils s’aimaient à leur manière et le montraient presque timidement. Etait-ce un mal de ne pas se montrer excessivement expansifs devant des inconnus comme des proches ? La question était récemment venue troubler l’esprit du jeune sorcier qui jugeait leur intimité devenue frustration. Peut-être parlait-il au nom de ses hormones qui le travaillaient nuit et jour, qui était-il pour le nier après tout, ou bien avait-il tout simplement réalisé la lenteur que prenaient les choses à se faire d’elles-mêmes. Au final, Elwyn avait eu le temps de cogiter de son côté et lorsque ce dernier se lançait dans des réflexions beaucoup trop longues pour lui, il baissait aussitôt les bras sans chercher à peser le pour et le contre. Pourtant, les sentiments étaient présents entre eux, c’était indéniable. Il l’aimait d’un amour incommensurable et indescriptible, il dépassait même l’entendement et ne jouait dans aucune autre catégorie. Il aurait échangé père et mère pour elle. Alors pourquoi un tel retournement ? Il l’ignorait probablement lui-même. Après tant d’années passées à son doux contact, il avait cru un changement de sa personnalité possible. Ce qui était partiellement arrivé, entendons-nous bien, la belle Aideen l’avait aidé et transformé à bien des niveaux, hélas le noyau même du problème n’avait pas été neutralisé. Au fond de lui, il possédait toujours cette peur sans borne de l’attachement. Ses géniteurs lui avaient toujours peint un tableau de l’amour très personnalité, avec très peu de couleurs et énormément de formes effrayantes. Avec le recul rendu possible grâce aux années, il se rendait bien évidemment compte de la plupart des mensonges de ses parents et leur besoin incessant de le mettre en garde contre tout et tout le monde alors qu’au final, il n’y avait généralement pas de quoi fouetter un dragon. Sans doute refusait-il de grandir et seule son enfance volée était à blâmer pour ce refus total d’engagement trop sérieux. Il n’avait pas été formaté pour une vie aussi formelle et dessinée avec précision, et les efforts inhumains de la demoiselle ne pouvaient rien changer à cela. Il avait peur, extrêmement peur, point à la ligne.

Et quand le jeune Elwyn ne se sentait pas rassuré pour une raison déterminée comme indéterminée, il se braquait et opérait de la seule manière qu’il connaissait parfaitement : l’attaque. Il n’était jamais bon de le côtoyer lorsqu’il choisissait de se fermer au monde extérieur, elle devait probablement déjà le savoir après autant de temps à ses côtés. Quand il n’était pas virulent dans ses paroles et attitudes, il se renfermait sur lui-même et refusait catégoriquement de communiquer avec quiconque. Cette dernière réaction était sans nul doute la pire de toutes car son degré d’ignorance devenait alors réellement important et pratiquement inébranlable. Aussi angélique soit son visage, Moorehead tenait entre ses mains plus d’une carte disposée à blesser qui il souhaitait ; un fossé extrême entre la candeur qu’exprimaient ses traits et la sécheresse de ses mots.

Evidemment, lorsque la jeune femme l’asséna d’une répartie bien placée – un juste retour dirons-nous – l’ensemble des veines de ses avant-bras se rétractèrent, rendant difficile la continuité de la circulation sanguine. Il pouvait même entendre des battements lui tambouriner fortement les tempes. Néanmoins, il prit la sage décision de ne pas riposter une seconde fois et poursuivit son chemin. Sauf qu’il fut interrompu par le bruit sourd d’un objet considérablement lourd venant percuter le sol, tout près de ses pieds par ailleurs.
« Tu plaisantes, j’espère ? » Rétorqua-t-il d’une voix amère tout en se retournant vers elle. Le mettait-elle réellement au défi de la combattre ? Avec quel animal venimeux était-elle entrée en contact ? De quelle manière l’avait-il attaqué ? Morsure ? Piqûre ? Si elle le demandait, il pouvait lui procurer un remède rapidement car sa folie le surprenait presque. A en juger par la façon dont elle s’approcha de lui et son positionnement, elle ne pouvait être plus sérieuse que cela. Non pas qu’il manquait de confiance en lui quand il s’agissait de se défendre mais plusieurs raisons évidentes rendaient ce duel complètement absurde et impensable. Ce n’était pas un secret entre eux, elle connaissait ses lacunes en maniement d’épée qui résultaient simplement d’un désintérêt total de la pratique en question. Etait-elle stupide à ce point ? L’un comme l’autre, ils savaient qu’elle n’avait pas besoin de cela pour le rendre risible aux yeux de n’importe qui. Sa précédente remarque acerbe l’avait d’ailleurs déjà ébranlé dans sa fierté masculine. Insinuer qu’il n’était pas la représentation atypique d’un homme – et remettre donc en doute sa virilité – n’était pas très gentil de sa part. Un coup bas, même pour elle.

L’agressivité qui pouvait se lire dans son regard acheva de le convaincre de ramasser l’arme déposée à ses pieds. Il se mit en position bien qu’une petite voix intérieure lui intima de ne pas aller plus loin. Comment réagirait sa mère s’il venait à lui faire mal ? Et son père ? A coup sûr, il le pourchasserait à travers tout le royaume pour se venger. Perdu dans ses pensées, il ne vit pas la première attaque arriver, ce qui le fit chanceler légèrement sous le coup. Un réel échange, digne des cours de duel dont les garçons bénéficiaient à Hogwarts, se mit en place entre les protagonistes pendant plusieurs minutes, durant lesquelles ni l’un ni l’autre ne semblait disposé à vouloir arrêter. Même s’il n’était visiblement pas très à l’aise avec une épée, on pouvait toutefois aisément remarquer les progrès effectués. Sa concentration était d’ailleurs si prenante qu’à force de se prêter au « jeu », il ne réfléchit pas davantage et leva bien haut l’arme avant de l’abaisser d’un coup sec et tranchant sur elle, si bien que la lame vint aussitôt entailler sérieusement son épaule, déchirant au préalable le tissu qui le séparait de sa peau. Leurs regards se croisèrent dans un même mouvement, le sien ayant inexorablement viré vers une teinte paniquée qu’il ne put dissimuler. La suite se déroula avec beaucoup trop de rapidité pour la décrire en détails. Il ne sut si la jeune femme comptait le charger sous le poids d’une rage intérieure étant donné ce qu’il venait de faire ou si son geste de la main était purement innocent, dans tous les cas Elwyn manqua une nouvelle fois de faire fonctionner sa tête et s’empara vivement de sa baguette glissée à sa taille. Dans une incantation presque hurlée, il dirigea le morceau de bois dans sa direction, le sortilège la frappa de plein fouet et la fit voler plus loin sur deux ou trois mètres. Alors qu’il désirait initialement la désarmer pour éviter une quelconque représailles de sa part, son instinct de survie plus poussé – et plus développé chez lui que la moyenne – l’obligea à agir avec un peu trop de brutalité.

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Ven 2 Déc - 3:41


I have lost the nerve but it's all right,
Carry the wounded and shut your eyes.
All will be forgiven, none will rise

Les usages tenaient une place importante dans l’éducation, et l’existence, de la jeune Aideen Broderick. Elle avait été élevée dans un respect des valeurs et des places qui incombaient à chacun. Quiconque aurait surpris la scène, qu’il soit seigneur ou paysan, aurait explicitement énoncé que toute son attitude manquait cruellement de noblesse. Personne ne l’aurait contredit. Elle-même se rendait compte qu’elle dépassait les bornes ; il n’était pourtant rien qu’elle pût faire. Son ire était telle qu’elle la submergeait, l’emprisonnant de son joug implacable. Elle avait besoin de faire souffrir autant qu’elle avait souffert. Et qui était mieux placé qu’Elwyn Moorehead pour subir ses foudres ? N’était-il pas, après tout, l’objet de tous ses tourments ? C’était de sa faute si son cœur était en lambeaux. C’était – partiellement – à cause de lui si elle ne parvenait plus à fermer l’œil la nuit. C’était lui qui s’était imposé à elle dans son endroit. C’était à lui qu’elle en voulait presque autant qu’à elle-même. Il l’avait détruite, il s’était nourri de l’essence même de son âme pour ensuite la jeter comme une malpropre. Mais personne, non, personne, ne pouvait s’en prendre à une Broderick sans en subir les conséquences. Si elle avait été prête à ne rien dire à propos de sa fuite, de cette évidente lâcheté dont il avait fait preuve en quittant la demeure familiale, il n’en était plus rien désormais. Elle avait besoin de lui exprimer tout ce qu’elle ressentait au plus profond et dont il était le seul responsable. Au lieu de se noyer dans sa rancœur plus longtemps, elle allait la déverser sur lui. Tout irait mieux après. Il fallait qu’elle aille mieux après. En dépit de sa vivacité d’esprit, les mots n’avaient jamais été le fort d’Aideen, elle était une personne d’action, ce qui entrait en contradiction avec l’image même que tous se faisaient de la gent féminine, mais elle assumait particulièrement cet aspect de sa personnalité. Aucun homme à sa connaissance ne s’en était plaint. Jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à Elwyn dont l’arrogance nouvelle déliait la langue de façon surprenante. La belle brune le savait doté d’une âme sombre et torturée, d’un fond mauvais, toutefois elle n’en avait jamais été la victime. Ce changement n’avait rien de plaisant pour celle qui avait été prête à donner sa vie pour demeurer auprès de lui jusqu’à la fin des temps. Que cette époque semblait lointaine, alors qu’elle ne datait que de quelques mois.

L’impatience accéléra son rythme cardiaque. Elle fixait Elwyn avec une expression qui indiquait qu’elle ne plaisantait pas le moins du monde. Rien à cette seconde précise n’aurait pu l’arrêter, rien hormis un retour à la réalité qui n’arriverait certainement pas de sitôt. Il était bon de maîtriser le cours des choses ailleurs que dans un rêve ; le sentiment de contrôle l’enivrait et elle se sentit pousser des ailes. Ce fut pourquoi elle fondit sur le jeune Moorehead dès qu’il prit l’arme en mains. Là où elle avait jadis vu un visage à aimer, elle ne discernait plus que des traits qui faisaient surgir en elle une haine sans nom. Elle était comme possédée par une puissance maléfique bien qu’elle possédât encore toute sa tête. Elle avait pleuré le sort funeste de leur relation des jours durant mais ne se rendait compte que maintenant d’à quel point cette rupture l’affectait. Ils n’avaient été qu’à l’aube de ce qu’ils auraient pu être, et ils ne connaîtraient jamais une fin heureuse. C’était cela qui l’attristait le plus. Toute sa vie, elle n’avait imaginé qu’un seul avenir possible pour elle, avec lui. Aujourd’hui, elle le voyait sombre et solitaire. Elle avait l’impression qu’elle ne pourrait plus jamais accorder sa confiance à quelqu’un. Il l’avait brisée de toutes parts et ne s’en rendait même pas compte. Elle voulait lui ouvrir les yeux sur ce qu’il avait fait d’elle, lui démontrait qu’elle n’était pas qu’une poupée dénuée d’émotions. Ses veines étaient emplies d’un sang qui pouvait couler et se répandre lorsqu’elle était blessée, comme tout le monde. La force dont elle se targuait avec fierté n’était qu’une carapace qui dissimulait maladroitement son besoin d’être aimée. Besoin qu’il avait comblé durant des années mais qui lui revenait douloureusement en plein visage. Jamais elle ne s’était sentie aussi misérable que le jour où il l’avait privée de son affection.

La technique impeccable de l’une se heurtait lourdement à la robustesse de l’autre. Leurs qualités respectives se valaient et l’issue du combat était des plus incertaines, malgré ce que la jeune héritière avait pu songer dans un premier temps. Elle ne faiblissait cependant point. Ses avant-bras absorbaient chaque coup avec difficulté mais la douleur induite par chaque attaque ne faisait que renforcer sa détermination. L’ombre d’un sourire prit possession de ses traits malgré elle. Peu importait son ressenti à propos de cette improbable situation, elle savait apprécier un bon combat lorsqu’elle en vivait un. Celui-ci aurait pu figurer au sommet de sa liste d’honneur s’il n’avait pas dérapé en l’espace d’une seconde. Elle vit le coup venir en avance, elle se prépara soigneusement à le parer. Facile. Sauf qu’elle ne s’attendit pas à un tel accès de violence. Son coude dévia d’un petit centimètre qui fut néanmoins suffisant pour baisser sa garde. La lame mordit sa chair de ses millions de crocs métalliques, lui tirant un cri qui résonna autant de douleur que de rage. La surprise la fit tituber de plusieurs pas en arrière, s’accordant par la même occasion un répit bienvenu pour apprêter sa prochaine attaque, qu’elle voulait destructrice. Mais comment aurait-elle pu lui faire le moindre mal alors que l’un de ses bras était blessé ? Haletante mais déterminée, elle soutint le regard d’Elwyn et y lut, avant même qu’ils ne se réalisent, les événements qui suivirent. Bien incapable de contrer la rapidité dont il fit preuve, elle reçut le sort en pleine poitrine et fut propulsée sur plusieurs mètres avant de s’effondrer au sol telle une vulgaire poupée de chiffon. Son épée avait fini sa course un peu plus loin, plantée verticalement dans l’herbe.
« Lâche, » siffla-t-elle en se redressant péniblement. Elle sortit à son tour sa baguette, mais au lieu de la river sur son adversaire, elle s’en servit pour rappeler à elle son arme. Elle l’attrapa tout en courant en direction d’Elwyn, survolant presque littéralement la distance qui les séparait. Sa blessure à l’épaule n’était que superficielle, elle pouvait aisément passer outre tant sa colère était forte, cela lui fut utile pour faire pleuvoir les coups sur le jeune homme qui ne ripostait plus que pour se défendre. « Lâche, » répéta-t-elle, avec plus d’ardeur cette fois, tandis qu’elle prenait appui sur leurs épées croisées pour soulever une de ses jambes et asséner un violent coup de pied dans les côtes de Moorehead.

Cet ultime contact fut le déclic qui la ramena dans l’instant présent. Toute son agressivité fut remplacée par de la douleur, sa rage par un sentiment coupable irrépressible. Elle recula d’un pas, ses doigts s’ouvrant sur le manche de son arme pour la laisser tomber au sol. Elle ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit. Elle écarquilla les yeux face à la tache écarlate qui se dessinait sur la tunique du jeune homme alors que son propre vêtement se maculait d’une teinte identique. Qu’avait-elle fait ? Qu’avaient-ils fait ?

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Dim 4 Déc - 12:48


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Would you mind if I hurt you ? Understand that I need to.
Wish I had other choices than to hurt the one I love.

D’où lui provenait cette violence incommensurable ? Avait-elle toujours été présente en elle ? Il la savait déterminée et courageuse mais certainement pas intrépide à ce point. L’agressivité dont elle faisait preuve sur un plan aussi bien physique que mental l’étonnait grandement. Il n’était pas certain de la reconnaître à cet instant précis. Bien sûr, ils n’en étaient pas à leur première querelle d’amoureux – la plupart démarrant par sa faute à lui – mais cette fois-ci l’animosité commune qui les traversait tous les deux était différente et rendait la scène presque irréaliste si l’on se plaçait d’un point de vue extérieur. Jamais auparavant ils n’en étaient arrivés à de tels résultats et tout le problème se situait justement à cet endroit même. La haine était capable d’énormément de choses, notamment de modifier le comportement et les réactions d’une personne, simplement pour se protéger soi-même. Elwyn était très bien placé pour le savoir, il avait déjà eu l’occasion d’observer le phénomène auprès de ses géniteurs à maintes reprises, tout comme il était lui aussi sujet à ce fléau inexplicable mais destructeur. A cet instant précis, il se demandait fortement si Aideen n’avait pas elle aussi été touchée par cette aversion profonde cultivée à son égard. Ce qui aurait été parfaitement normal et légitime de sa part, même s’il ne prônait pas de telles actions, encore moins venant d’une femme aussi respectée et respectable qu’elle. Hélas, ce qu’elle lui montrait aujourd’hui sans aucune gêne – et qui aurait pu lui causer du tort – représentait à la fois ce qu’il chérissait le plus chez elle mais aussi ce qu’il détestait au plus haut point depuis qu’il avait réalisé l’importance de conserver sa place de dominant dans leur duo. Son tempérament de feu et son entêtement ne lui avaient jamais été reprochés jusqu’à présent, parce que le jeune homme avait toujours trouvé cela plaisant d’être en présence d’une femme ayant du plomb dans la cervelle et qui savait parfaitement ce qu’elle voulait. Seulement, si cela l’amusait du temps de leur adolescence, aujourd’hui son avis sur la question avait radicalement changé. Peut-être se montait-il la tête seul et réfléchissait beaucoup trop à la question, toutefois il ressentait désormais le besoin inexplicable et incontrôlé d’avoir le dessus sur elle. Tout l’avantage. Ce que tout homme était en droit de réclamer à sa promise, non ? Cela ne devait sans doute plus s’appliquer à leur cas depuis qu’ils n’étaient plus liés l’un à l’autre ; même si elle n’avait jamais véritablement eu le statut de fiancée et que par conséquent, il n’avait aucun droit direct sur elle. Et inversement, sans doute perdait-il toute sa valeur à ses yeux au fil des jours qui s’égrenaient lentement. En ayant cette réflexion de prétendu « mari » – ou homme, simplement – il ne lui semblerait probablement plus aussi « unique » et différent des autres.

Pourquoi avait-il eu une réaction aussi vive que brutale ? Au fond de lui, il le savait pertinemment. Les batailles n’étaient vraisemblablement pas faites pour sa personne, ce fut l’une des nombreuses leçons qu’il retint en vivant sous le toit des Broderick. Elwyn ne supportait aucunement lorsque les attaques étaient tournées vers lui, il avait tendance à répondre d’une manière personnelle et surtout disproportionnée la plupart du temps. Quand le jeune homme se sentait menacé, il ne laissait généralement aucune chance au hasard et faisait preuve d’une énergie monstrueuse pour mettre un terme à cette intimidation qui lui entortillait l’estomac. La peur et la colère représentaient deux sentiments qui ne faisaient pas bon ménage avec le Vert et Argent, il n’était jamais plaisant de posséder une rage infinie dans notre for intérieur. Il ne savait pas vraiment faire la part des choses et ne prenait pas en compte l’identité de son adversaire à partir du moment où se dernier le mettait au défi. Et c’est bien pour cette raison que le grand brun s’était juré de ne plus jamais combattre qui que ce fut, des débordements étant à prévoir, il craignait pour la sécurité des autres mais aussi pour la sienne. Il refusait catégoriquement d’être enfermé comme un vulgaire animal sauvage et incontrôlable dans une prison hermétiquement froide où la folie était le maître mot. Il pensait en avoir fini avec ce sentiment de fureur implacable mais Aideen venait de lui faire gentiment réaliser que cette dernière décennie n’avait strictement rien changé de qui il était.

Elle connaissait son impatience et sa fougue démesurée, n’avait-elle pas un jour été témoin d’un acte irréversible contre un garçon d’écurie ? Ne s’était-elle pas justement dit, à l’époque, que titiller son feu intérieur pouvait s’avérer dangereux ? Tout de même conscient du mal qu’il répandait à une vitesse folle depuis quelques minutes, il relâcha sa baguette au sol lorsque la jeune femme fonça avec détermination dans sa direction. Ce fut presque passif qu’il éleva légèrement son épée, suffisamment pour empêcher les coups de lui trancher un membre. Le coup de pied déchainé qu’elle lui assena en pleines côtes l’informa que la fin du combat était proche. N’ayant pas vu l’attaque venir, il se mordit férocement et à sang la lèvre inférieure tandis qu’il plantait son lame tranchante de son arme d’un coup rageur dans la terre humide, sans toutefois exprimer une seule plainte verbale. Il resta un instant appuyé sur le manche d’une main alors que l’autre était venue instinctivement se plaquer sur son flanc déjà douloureux.
« C’est fini, Aideen. » Marmonna-t-il, le souffle court et la respiration coupée. Dans une grimace non dissimulée, il se redressa correctement et partit récupérer sa baguette magique. « Tu as eu ce que tu voulais. Maintenant que tu t’es bien défoulée, je te demande de me laisser tranquille. » Il baissa discrètement la tête vers le bas et décala sa main de sa tunique pour examiner ses doigts eux aussi imbibés d’un liquide rouge foncé. « JE NE VEUX PLUS TE VOIR ! » Hurla-t-il avant de relever vers elle un regard haineux, les lèvres pincées. « Jamais tu ne trouveras de mari en te comportant ainsi. Jamais… » Tout en s’adressant à elle, il fit quelques pas en arrière. La douleur était beaucoup trop vive et intense pour parvenir à se concentrer sur un seul lieu vers lequel transplaner, c’est la raison pour laquelle il entreprit de marcher jusqu’au château à défaut d’avoir une meilleure idée. Il pouvait endurer cette souffrance physique qu’elle lui avait dignement infligée mais ses yeux n’étaient hélas pas aptes à supporter davantage sa vue. Il souhaitait seulement s’enfermer dans cette chambre qui fut longtemps la sienne et se soigner du mieux qu’il le pouvait, avec ce qu’il restait encore entre ces murs et ne ressortir qu’une fois pleinement en possession de tous ses moyens. Les parents Broderick ne lui tiendront sans doute pas rigueur de ne pas s’être directement montré.

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There's no life in this hollow heart of mine ever since you went away.
Close your eyes and feel me hold you. Can you lead me through this ordinary world ? Let the sky cry, restless rain to wash away the miles between us, 'cause without you it's just an ordinary world.


Dernière édition par Elwyn Moorehead le Jeu 8 Déc - 0:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Lun 5 Déc - 4:18

(c) Sissi

And as you showed me your scars, I only held you closer.
But as the light in you went dark I saw you turn over.
I wanted always to be there for you and close to you.
But I'm losing this. And I'm losing you.

C’est fini, Aideen. Une brise fraîche et bienvenue après les efforts déployés lui apporta cette sentence qu’elle reçut comme un choc en pleine poitrine. Le souffle coupé, elle encaissa le reste de sa tirade malveillante sans ciller, elle ne pouvait que le fixer, impuissante et incapable de rétorquer. Si elle avait épuisé son quota de venin, il n’en était rien pour Elwyn qui l’enfonçait plus bas que terre, sachant précisément où appuyer pour faire le plus de dégâts dans le corps et l’esprit de la jeune femme. Son regard brillait d’une lueur qui avait moins à voir avec l’amour qu’elle avait pu lui porter que les larmes qui s’accumulaient derrière ses paupières. Elle détourna la tête, incapable de soutenir plus longtemps la vision de son visage haineux, de ses yeux assombris par la colère. Il n’était plus l’Elwyn qu’elle avait connu, l’homme qui se tenait en face d’elle n’était pas l’être qu’elle avait chéri ces dix dernières années ; elle ne le reconnaissait pas, tout comme elle ne se reconnaissait pas non plus. Elle confessait volontiers avoir ses torts dans cette histoire, elle était celle qui avait lancé la première attaque. Elle était éventuellement prête à partager les torts quant aux motifs de leur séparation progressive – elle avait mis beaucoup de pression sur ses épaules, il n’avait pu en supporter davantage –, toutefois l’intégralité des dommages qu’elle avait pu causer au cours des mois écoulés ne méritait pas un tel traitement. Elle n’avait jamais souhaité qu’ils en arrivent à une telle extrémité, elle n’y avait jamais songé même dans ses rêves les plus fous. Le voir couvert de sang était une punition presque aussi grave que les quatre vérités dont il la gratifiait. Elle ne désirait qu’une chose : que tout cela cesse. Les combats, les remontrances, les blessures, toute cette situation. Elle ne pouvait en souffrir davantage. Aussi douloureuse soit cette révélation, Elwyn disait sans doute vrai ; c’était fini. Ce qu’ils avaient pu vivre étaient derrière eux, ce qu’il leur restait à écrire ne verrait jamais le jour. Il en était ainsi et lutter contre cette destinée ne serait que vains efforts. Il ne voulait plus la voir. Ils n’étaient plus.

Elle n’eut pas la force de le regarder partir, elle attendit patiemment de ne plus entendre de bruits autres que celui de la respiration de son cheval. Elle épongea d’un revers de la main son front sur lequel perlaient quelques gouttes de transpiration puis s’approcha de l’étalon qui se tourna vers elle. Elle aurait pu jurer voir une ombre inquiète passer dans son regard. Elle caressa machinalement son encolure avant d’enfouir son visage dans ses crins sombres, tâchant d’y trouver une certaine forme d’apaisement. Rien ne se passa et, au bout de plusieurs longues minutes, elle se résolut à se remettre en selle afin de rentrer au château. Sa monture garda une allure lente, comme si l’étalon avait tout compris de la situation et ne souhaitait pas brusquer davantage sa fragile cavalière. Elle l’aurait remercié si son esprit ne lui avait pas fait autant défaut ; elle se laissa entraîner sans bouger le moindre muscle, faisant confiance à son cheval pour la ramener à bon port. La jeune Broderick mit pied à terre dans la cour du château, un écuyer s’empressa d’attraper les rênes de ses mains et conduisit l’animal à l’écurie. Elle ne chercha pas à l’en empêcher – elle avait pour habitude de s’occuper elle-même de son cheval – puisque le sourire qu'elle exposait afin de garder les apparences prenait la totalité des forces qu’il lui restait. Elle grimpa les marches extérieures aussi vite qu’elle le put, ignorant quiconque se trouvait sur le chemin jusque sa chambre. Elle ouvrit la porte à la volée et n’eut pas le temps de la refermer que sa servante entrait à sa suite.
« Ma Lady, que vous est-il arrivé ? » Avec son aide, Aideen se dépêcha d’ôter sa tunique pour dévoiler la plaie béante sur son épaule. « Chute de cheval, » grimaça-t-elle. La domestique fronça les sourcils face à ce mensonge éhonté mais resta à sa place et ne fit aucun commentaire. Elle la fit asseoir avant de lui prodiguer ses meilleurs soins, en commençant par une potion qui calmerait la douleur. Malheureusement, aussi efficace soit le breuvage, il ne répara pas le cœur brisé de la demoiselle.

L’héritière posa la tête sur sa coiffeuse, n’osant affronter son propre regard dans le miroir.
« J’ai entendu dire que maître Elwyn était de retour au château. » Aideen ne réagit pas extérieurement, seul son rythme cardiaque s’accéléra sensiblement. « Désirez-vous que j’envoie quelqu’un pour s’assurer qu’il ne manque de rien ? » Cette fois, la brune se redressa, constatant que le bandage était terminé. Elle secoua négativement la tête en se relevant puis se dirigea vers le paravent derrière lequel elle avait l’habitude de se changer. « Aide-moi à m’habiller. » Ce qu’elle fit, sans rechigner en dépit de la désagréable sensation qui s’emparait d’elle à l’idée de la voir sortir de sa chambre dans un tel état. Elle eut envie de lui conseiller de prendre un peu de repos mais, connaissant sa maîtresse, cela aurait été inutile. Elle n’en faisait qu’à sa tête, et ce depuis toujours. Une fois sa robe – une bleue foncée du plus bel effet sans en faire trop – enfilée, Aideen se brossa rapidement les cheveux, ignorant les conseils de sa servante qui n’avait pu se retenir plus longtemps. « Je vais bien, » assura-t-elle avec un sourire tandis qu’elle attrapait discrètement la potion bue un peu plus tôt et la glissait dans son dos. Tant d’émotions contradictoires se bousculaient dans sa tête qu’elle aurait souhaité s’arrêter et en discuter longuement avec celle qui, malgré son statut hiérarchique rasant le sol, était sa meilleure confidente. Elle ne pouvait hélas partager avec quiconque ce qui venait de se dérouler sur cette colline, près de cette maisonnette. Malgré les propos qui avaient été échangés, elle ne voulait pas qu’Elwyn sorte de son existence ; et c’est ce qui ce serait passé si elle en avait glissé un mot à son père. Banni à vie ou décapité sur place, voilà le sort qui attendait le jeune Moorehead si elle disait quoique ce soit.

Presque sur la pointe des pieds, Aideen traversa le couloir qui menait à la chambre occupée par le protégé de ses parents. Elle ne prit pas la peine de frapper, elle était consciente qu’il n’autoriserait personne à entrer, et poussa délicatement la porte. Elle se sentit immédiatement étouffée par l’atmosphère oppressante des lieux. C’était étrange, elle avait depuis toujours perçu cette pièce comme un lieu agréable et paisible ; les souvenirs qu’elle en avait étaient si doux, si beaux, qu’elle sentit une vague de tristesse l’envahir de constater un changement aussi drastique. Elle s’humecta les lèvres, hésitante, tandis que le jeune Moorehead ne bougeait pas. De là où elle se trouvait, elle ne discernait que sa silhouette allongée sur le lit, son visage tourné à l’opposée d’elle. Pourtant, il lui était évident qu’il savait que c’était elle qui venait d’entrer. Tout comme elle l’aurait senti arriver n’importe où à des kilomètres à la ronde. Il en était ainsi entre eux.
« Je t’ai apporté une potion contre la douleur, » glissa-t-elle d’une petite voix. Elle se rapprocha du bord du lit. Elle n’éprouvait plus la moindre crainte à la perspective de se trouver près de lui, au contraire, c’était la place qui était sienne. Elle le savait au plus profond d’elle. Pour preuve, elle était là en dépit des choses horribles qu’il lui avait dites. « Tu ne crains rien, ce n’est pas moi qui l’ai fabriquée… »

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Dernière édition par Aideen Broderick le Mer 28 Déc - 5:02, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Mer 14 Déc - 22:55


(c) corpse heart

I used to think that being alone meant being by myself.
Now I know to truly be alone means being without you.

Les choses ne pouvaient être plus claires entre eux. Même si la plupart du temps, elle semblait préférer garder pour elle les innombrables reproches qu’elle mourrait pourtant d’envie de lui envoyer en plein visage, Elwyn savait pertinemment que la jeune femme n’appréciait pas réellement son silence et son manque irritant d’explications. Bien qu’honnête, il n’avait jamais vraiment su placer des mots justes sur son ressenti à propos de l’histoire – ou dispute – actuelle. Aujourd’hui il avait effectué un petit pas dans sa direction, ou du moins l’avait-elle obligé à le faire en le contraignant à sortir de ses gonds, et s’était exprimé d’une manière on ne pouvait plus compréhensible. Il espérait grandement que le message était passé. S’il avait jusqu’alors toujours hésité à la brusquer d’une quelconque manière que ce soit, il avait de toute évidence radicalement changé d’avis en cette matinée qui s’était d’abord présentée sous de très bons auspices. Hélas, le grand brun n’avait pas attendu bien longtemps avant de se décider à la secouer d’un peu trop près et un peu trop fort, aussi bien physiquement que mentalement. Qui l’aurait cru capable d’une telle chose ? Non, la réelle question à se poser était la suivante : qui l’aurait cru un jour capable de blesser ouvertement Aideen avec aussi peu de scrupules, comme il venait de le faire ? Il pensait de loin être le premier touché et intrigué si une telle chose venait à se produire mais il semblerait que la vérité arborait des aspects bien différents de sa réalité à lui. Il se comportait comme un véritable goujat – chose qu’il ne pensait pas être avant cette entrevue – et laissait entendre qu’il n’était guidé par aucune espèce de morale, valeurs ni même de règles de conduite. Sans foi ni loi, il reflétait ENFIN, ou approximativement, la représentation future que son père se faisait de lui alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Sans doute lui aurait-il reproché son côté malappris mais cette erreur minime s’effaçait devant l’assurance dont il avait su faire preuve et la poigne ferme avec laquelle il avait voulu la contrôler. Avec du recul sur la situation, il comprendrait alors qu’il avait toujours cherché à éviter de devenir cet homme discourtois et irrespectueux envers celle qui se souciait certainement le plus de lui dans tout le royaume.

Il ne voulait plus la voir. Vraiment ? Ce fut la réflexion qui lui tarauda douloureusement l’esprit durant une bonne partie du voyage de retour vers le château des Broderick. Mais qu’avait-il dans la tête ? De toute évidence pas grand-chose pour se risquer à prononcer de telles paroles. Au lieu d’être fier à l’idée de lui avoir une bonne fois pour toutes cloué le bec de manière très directe, Elwyn se sentait presque sujet à quelques regrets. Pourtant, il était enfin parvenu à la situation qu’il désirait depuis un temps conséquent maintenant ; la repousser de telle sorte qu’elle ne souhaite plus jamais l’approcher à nouveau. Même si rien de tout cela n’avait été prémédité d’une quelconque façon, le résultat approchait une perfection qu’il n’était plus certain de désirer. Alors qu’un véritable mur se dressait à présent entre eux, la perspective de ne plus avoir l’occasion de lui adresser la parole lui semblait improbable. Tout comme la vision d’un avenir loin d’elle ne lui paraissait même pas envisageable. S’il acceptait volontiers de ne plus avoir l’opportunité de lui parler en personne, il ne pouvait en revanche pas s’interdire de la contempler, l’observer était un tel plaisir pour les yeux que sans cette chance – qui comblait le trou béant de sa vie – son quotidien deviendrait fade jusqu’à définitivement perdre l’intégralité de ses couleurs. Dès lors le mot beauté perdrait toute sa signification. Et plus rien ni personne ne semblerait suffisamment attrayant pour attirer son attention déjà désintéressée par, approximativement, tout.

Cette longue randonnée – forcée – le força à constater qu’il n’était jamais bon de pousser une femme amoureuse jusque ses derniers retranchements. Ses talents de médicomage viendront facilement à bout de cette douleur physique qui le tiraillait chaque seconde un peu plus, cependant il n’était pas sûr d’avoir les capacités nécessaires pour réparer les dommages causés à l’encontre de son organe vital. A première vue, il lui semblait que les dégâts étaient irréparables mais l’avouer aurait fait de lui un homme apathique. Ses innombrables faiblesses avaient déjà suffisamment été mises à nues ce matin, il ne préférait pas revenir sur le nombre incalculable de carences qu’il possédait. La mauvaise humeur et la fatigue dont il était victime l’obligèrent à se montrer plus désobligeant qu’il ne l’était déjà.
« Je n’ai besoin de rien. » Dit-il, d’abord calmement, en levant la main bien haut pour interrompre la marche d’un serviteur qui s’était empressé de venir à sa rencontre lorsqu’il effectua un pas dans la demeure. « Ne comprends-tu pas mon langage ? » Renchérit-il aussitôt en voyant tout de même l’homme s’approcher de lui malgré sa recommandation de rester à distance. « Ca suffit ! » Lança-t-il d’une voix plus forte qui se répercuta contre les murs solides de l’imposant hall d’entrée quand le serviteur le détailla du regard – son état était déplorable – et commença à lui tripoter les vêtements. « Ne me touche pas ! » Rétorqua-t-il, cette fois avec davantage de fermeté, lorsqu’il entreprit d’examiner sa blessure. L’acte téméraire fut aussitôt contré car Elwyn le repoussa presque instinctivement avec une force incontrôlée et une dureté sombre dans le regard. Le serviteur, ayant presque perdu l’équilibre suite à cette attaque, se confondit en mille et une excuses tandis que le jeune homme s’éloignait rapidement sans rien ajouter de plus. Bien que conscient des risques de paraître impoli aux yeux des propriétaires des lieux, il jugea préférable de rester enfermé dans ce qui jadis fut sa chambre, pour le restant de la journée, se faisant ainsi porter pâle pour avoir un minimum la paix. Ses problèmes de santé récurrents n’étaient un secret pour personne, ainsi il était persuadé de ne pas être dérangé.

Il parvint à obtenir un semblant de tranquillité pendant plusieurs heures durant lesquelles il en profita pour faire un brin de toilette et soigner la blessure qu’Aideen s’était fait une joie de rouvrir d’un coup de genou bien placé. Hélas le silence agréable qui le berçait jusque là fut interrompu par la venue inopinée et non désirée d’une personne dans ses appartements. Légèrement recroquevillé sur lui-même, les bras croisés contre son torse et placé de côté, il se tenait allongé en travers de son lit, la tête posée à même le matelas et non sur un oreiller.
« Dépose-la n’importe où. » Répondit-il d’une voix un peu grincheuse mais toutefois endormie. L’obscurité de la pièce l’informa que l’après-midi touchait à sa fin car le soleil se couchait progressivement. Simplement en étirant son bras, il attrapa sa baguette posée sur une table de chevet et la pointa en direction d’un chandelier dont les bougies prirent feu toutes ensemble une fois son sortilège soufflé. Après avoir plongé son esprit dans d’interminables pensées supposées l’aider à y voir plus clair sur la situation, il en venait bêtement à se confronter à la même difficulté à laquelle il s’était heurté plus tôt. Rien n’avait changé. Ils se trouvaient au même point que lorsqu’ils s’étaient quittés. Il en était toujours ainsi. Elwyn regrettait amèrement ses choix et décisions mais lorsqu’il était amené à faire véritablement face à ses obstacles, il revenait lamentablement sur ses pas. Pour la toute première fois depuis qu’elle était entrée, il se risqua à regarder dans sa direction après s’être légèrement retourné sur le dos pour pouvoir incliner la tête et la voir. « Tu ne devrais pas être ici. » Murmura-t-il finalement dans un soupir las. Qu’était-elle venue chercher ? Il savait précisément ce qui précédait une guerre, ou du moins la leur, mais qu’arrivait-il par la suite ? Il était persuadé que l’éloignement définitif était la réponse et solution à leur problème. Il secoua négligemment la tête avant de la redéposer doucement sur le lit, s’attendant à ce qu’elle rebrousse chemin. Il n’avait plus la force de la mettre à la porte. Si la demoiselle était venue avec le désir d’obtenir une petite revanche sur ce qui s’était produit, elle risquait d’être fortement déçue car la partie adversaire n’était plus de taille à se battre. Mais si, pour une raison quelconque, elle souhaitait tout de même affronter un pantin désarticulé et amorphe, il la laisserait le punir jusqu’à trouver la satisfaction qui lui conviendrait. Il avait de réels et profonds sentiments pour elle mais il ne savait tout bonnement pas quoi faire avec ces derniers. Ils étaient en parfaite contradiction avec ce pour quoi il pensait aspirer.

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Mar 20 Déc - 0:10


I am so lost without my place inside your heart
I won't survive, I need to know you hear me

Après la souffrance infinie dans laquelle il l’avait plongée au cours de ces longues semaines de séparation, et plus particulièrement ce matin-là, Aideen ne pouvait se permettre d’agir aussi faiblement et de venir prendre de ses nouvelles sur la pointe des pieds, avec cet air de repentance sur le visage. Il l’avait insultée, bousculée, empalée et avait fait usage de magie sur elle, et ce dans l’unique but de la blesser moralement et physiquement. Le fait qu’elle avait instauré le combat à l’épée ne réduisait pas ses fautes, il l’avait heurtée consciemment avec violence. Elle ne pouvait décemment plus se faire du souci pour lui ; il lui avait explicitement fait comprendre qu’il ne désirait plus la voir, ses mots avaient été sans détour et avaient parcouru suffisamment rapidement le chemin de sa tête jusqu’à son cœur pour qu’elle les comprît et les assimilât correctement. Rien n’y faisait, elle était beaucoup trop têtue pour préserver cet éloignement entre eux. Elle ne pouvait s’empêcher de songer à lui lorsqu’il se trouvait à des miles de l’endroit où elle restait, comment aurait-elle été capable de l’ignorer alors qu’ils étaient tous les deux sous le même toit ? Elle sentait sa détresse à travers les épais murs de pierre là où jadis elle entendait ses éclats de rire. La situation était catastrophique, ingérable et toxique. Si lui s’imaginait qu’hurler qu’il ne voulait plus jamais la voir était la solution à tous leurs problèmes, elle voyait les choses autrement. La violence et les cris ne leur avaient jamais réussi, il fallait désormais faire preuve de maturité et discuter comme les deux adultes éduqués qu’ils étaient. Elle était convaincue de pouvoir garder son calme quelles que fussent ses réactions. Elle ne reculerait pas même s’il comptait l’envoyer promener méchamment, elle ne rétorquerait pas à coup de répliques cinglantes et réductrices. Elle écouterait ce qui lui avait été dit plus tôt et demeurerait à sa place. Elle espérait simplement qu’il fasse preuve d’autant de recul, elle ignorait combien de remarques déplacées ses épaules blessées pourraient encore supporter.

Tous ses doutes et ses peurs disparurent au son de sa voix ; le traitement au silence était donc terminé. Un sourire irrépressible de soulagement se dessina sur ses lèvres l’espace d’une seconde, elle reprit bien vite le contrôle de ses traits et récupéra un visage le plus neutre possible. Elle ne voulait pas apparaître comme celle qui prenait les événements à la légère et qui trouvait de quoi plaisanter même dans les situations les plus obscures. Elle était touchée par tout cela autant – voire plus – que lui. Les mouvements de ses jambes réduits par l’étroitesse de sa robe, elle fit quelques pas en direction de la table de chevet sur laquelle elle déposa la fiole de verre. Elle détailla le visage marqué d’Elwyn de manière furtive puis se recula d’un pas. Elle eut une nouvelle impulsion de fuite vers l’arrière lorsqu’elle vit le bois de sa baguette au jour. Les séquelles du sortilège qu’elle avait reçu était encore fraîches, sa confiance en lui s’était amoindrie plus qu’elle ne l’aurait cru. Elle prit une profonde inspiration, le visage levé haut, tandis qu’elle suivait du regard le ballet de flammes qui prenait possession de la pièce en des endroits stratégiques. La vision de cet élément qui lui plaisait tant réchauffa un tant soit peu son cœur glacé par les traces de leur confrontation. Cela pouvait sembler stupide aux yeux de n’importe qui mais le feu constituait un réconfort presque aussi puissant qu’un compliment ou qu’un câlin. Elle croisa son regard par inadvertance – elle ne l’avait pas entendu se retourner – et eut un mouvement de recul causé par sa seconde phrase. Elle ne comprenait pas ce qu’il souhaitait lui faire comprendre. Rien dans les règles de savoir-vivre auxquelles elle était tenue ne l’empêchait de se rendre dans les quartiers d’un invité, encore moins quand celui-ci était une vieille connaissance. Etait-ce un moyen pas franchement détourné de lui exprimer qu’elle n’était pas en sécurité ici ? Elle en doutait, sa posture et l’éclat terne dans ses yeux ne laissaient pas présager qu’il était paré à s’en prendre physiquement à elle. Au contraire, il semblait avoir jeté l’éponge sur toute confrontation directe. L’orage était passé, elle avait envie de lui dire qu’ils ne risquaient plus rien mais dut se contenter de rebondir sur ce qu’il avait énoncé.
« J’ai un certain problème avec mes devoirs et obligations, toi mieux que quiconque dois le savoir. » Elle baissa les yeux sur ses mains nerveusement entrelacées.

Elle haussa les épaules dans le seul but de ne pas rester complètement immobile puis se dirigea lentement vers la fenêtre. Il n’était secret pour personne qu’elle affectionnait particulièrement ces endroits, synonymes de lumière et d’évasion ; et ce soir là encore, elle s’en servait comme échappatoire, pour briser momentanément le sentiment d’oppression qui accompagnait l’atmosphère suffocante qui planait dans la chambre. Le silence qui s’installa progressivement n’améliora pas la situation. Il fallait qu’elle l’écoute et quitte la pièce, de cela elle était consciente, elle ne s’en trouvait toutefois pas capable. Il ne l’avait pas sommée de s’en aller cette fois, il lui avait simplement exposé un fait ; elle se raccrocherait donc à l’illusion de savoir qu’il souhaitait qu’elle reste autant que possible. Dans une succession de pas hésitants, elle se rapprocha du lit jusqu’à venir effleurer la couverture avec les pans de sa robe.
« Est-ce que je peux voir ? » risqua-t-elle, poussant sans doute à bout la patience du jeune homme. C’était plus fort qu’elle. Elle ne partirait pas avant de savoir si sa blessure était grave ou non. Si elle n’était pas la cause initiale de la plaie qui s’ouvrait sur son torse, elle était coupable de l’avoir rouverte sans vergogne, elle se devait par conséquent de réparer au mieux les dégâts. Imitant un geste qu’elle avait répété des centaines de fois, la sorcière s’assit sur le rebord du lit, sans réclamer l’autorisation du maître des lieux – qui ne l’était pas réellement – mais avec une lenteur qui prouvait bien qu’elle n’était pas à cent pourcents certaine de ce qu’elle faisait. Et si elle avait imaginé la lueur d’amabilité dans le regard d’Elwyn ? S’il n’attendait qu’une occasion pareille pour terminer ce qu’il avait commencé plus tôt et d’achever de descendre son amour propre ? Elle était prête à recevoir foule de commentaires de sa part, elle n’était cependant pas infaillible et ignorait jusqu’à quel point elle pourrait tenir. « Je n’aurais pas dû réagir aussi vivement et t’attaquer de la sorte, » murmura-t-elle en levant une main vers le jeune homme. « Je suis désolée de t’avoir blessé. » Les excuses étaient suffisamment rares de la part d’Aideen Broderick pour attester de leur sincérité. Elle passa sous silence les événements qui avaient conduit à une telle réaction de sa part, elle était celle qui faisait son mea culpa ici, elle ne pouvait forcer Moorehead à en faire autant.

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Mer 21 Déc - 22:26


(c) tumblr

When I hesitate I know it's just too late to bring you back, but still I need you.
I can't communicate the burden of this weight.
My world is black until I see you.

Une fois l’imposante pièce – beaucoup trop grande pour lui – éclairée par une bonne dizaine de bougies dispersées aux quatre coins de la chambre, il redéposa aussitôt sa baguette sur le bois lisse de la table de chevet tandis qu’Aideen battait légèrement en retraite. Ce ne fut que lorsqu’elle recula une seconde fois qu’il comprit, ou du moins qu’il ressentit, son semblant de peur. Jamais auparavant il n’avait été question de craindre l’autre, même dans une attitude amusée ou lors de jeux intimes, seulement entre eux. Cela l’étonnait grandement de sa part mais à y réfléchir plus sérieusement, tout compte fait, sa méfiance était tout ce qu’il y avait de plus justifié. Il ne s’était pas montré très correct avec elle et même si les temps et les mœurs lui donnaient plus ou moins l’avantage, Elwyn n’était pas de ceux qui profitaient de leur pouvoir sur le sexe opposé. Et puis, il avait volontairement perdu ce droit sur elle à l’instant même où il décida de ne plus vouloir poursuivre son chemin à ses côtés. Il n’était pas non plus dans sa nature de dénigrer les femmes pour flatter son petit ego de mâle. Pour la simple et bonne raison qu’il ne faisait absolument aucune distinction entre lui et elle ; ils faisaient tous deux partie d’un tout complémentaire, aucun côté ne surplombait l’autre. Certains ancêtres se retourneraient probablement dans leur tombeau en apprenant cela mais, Aideen n’avait jamais été autre chose que son égale. Il connaissait son amour absolu pour l’élément le plus brûlant, certes ne le comprenait-il pas toujours, mais il respectait ce penchant intriguant. Tout comme elle n’avait eu d’autre choix que celui d’accepter son adoration de l’eau. Selon lui, il n’existait aucun endroit semblable aux profondeurs les plus obscures. Plongé à l’intérieur de cette substance naturelle, il se sentait tout bonnement en sécurité. Le silence dans lequel il était enfoui lui assurait une protection totale comme si, ici bas, rien ni personne ne pouvait l’atteindre. Tous les sens devenaient alors momentanément prohibés, l’ouïe, le goût, l’odorat, et bien souvent la vue y étaient presque impossible. Restait alors le toucher, unique sensation à laquelle il était probablement et véritablement sensible. Et lorsqu’il se tenait près de la charmante demoiselle, le même processus se déclenchait. Hélas, elle l’immergeait dans un environnement inconnu et le confrontait à son propre mutisme. Si beaucoup y verraient une raison légitime de ne plus vouloir la fréquenter, Moorehead, quant à lui, avait toujours jugé cet aspect de leur relation comme bénéfique, voire fantastique. Car à ce jour, il n’y avait que sa présence à elle qui demeurait susceptible de l’apaiser. Le contact physique n’était pas une obligation – même si l’appel de la chair était nettement présent – pour le satisfaire, se tenir au même endroit qu’elle suffisait à le rassurer. Et le problème se situait bien là. Chaque fois qu’il se risquait à l’éloigner, c’était une petite partie de lui-même qui disparaissait simultanément. Quand il haussait la voix sur elle ou quand, comme aujourd’hui, il endossait la lourde responsabilité de s’en prendre physiquement à elle, des regrets l’envahissaient. Peut-être pas immédiatement, la tension devait retomber avant cela. Mais le recul aidant, il avait désormais la désagréable impression de se faire personnellement du mal.

Il esquissa un faible sourire lorsqu’elle lui affirma avoir des difficultés à suivre à la lettre ses devoirs et obligations, il le savait en effet très bien, mais elle ne put le voir car son regard s’était abaissé aussitôt sa phrase prononcée. Il conserva le silence, comme il l’avait toujours fait une grande partie de sa vie, et l’observa s’éloigner en direction de la fenêtre tandis qu’il se redressait doucement, suffisamment pour se retrouver en position assise et le dos appuyé contre un oreiller confortable. Cette mise en scène ressemblait approximativement à toutes celles qu’ils avaient pu vivre dans cette même chambre au cours des dernières années. Seulement, elle différait sur un point important. Les intentions de chacun. Si l’une désirait discrètement se faire pardonner son geste, l’autre souhaitait prononcer des mots qui jamais ne franchiront le bord de ses lèvres, il en était conscient. L’ambiance n’était pas très joyeuse et même s’il ne se sentait jadis pas d’humeur festive lorsqu’il était sujet à divers maux, il ne disait en revanche jamais non à un rapprochement, quel qu’il fut. En cette fin d’après-midi, l’atmosphère lourde qui régnait n’était aucunement due aux différentes pulsions physiques qu’Elwyn pouvait éprouver, l’air semblait pesant simplement parce le climat demeurait toujours électrique, bien que moins prononcé qu’avant. Il baissa son visage blafard vers ses mains croisées et posées sur ses cuisses à sa demande, pas vraiment convaincu que cela soit une bonne idée. C’est la raison pour laquelle il ne répondit rien et demeura ainsi immobile alors qu’elle reprenait la parole.
« Nous n’aurions pas dû nous confronter l’un à l’autre. » Pour commencer, cela était mal. Si Hogwarts avait interdit ce genre de duel à la gent féminine, ce n’était pas pour rien. Mais surtout, jamais il n’aurait dû diriger sa baguette vers elle. « Je regrette ce qui s’est produit tout à l’heure. Mon geste est impardonnable. » Tout pardonner et accepter les excuses de l’autre était probablement un peu trop rapide, il ne voulait pas se montrer hâtif et risquer par la suite de faire un mauvais pas. Néanmoins, et même si le mot ‘pardon’ n’avait pas été prononcé, il espérait toutefois qu’elle comprenait le sous-entendu dissimulé derrière ses mots. Il reconnaissait avoir aussi ses torts dans cette histoire, ne s’agissait-il pas d’un bon début ?

Cependant, quelque chose le chiffonnait, un détail le dérangeait. Il avait mis plusieurs jours puis plusieurs semaines à se séparer définitivement d’elle. Il s’était muré dans un silence absolu et avait fait le choix de rompre tout contact avec elle, notamment lors de son déménagement officiel. Déménagement dont il ne lui avait même pas fait part. Tout comme le décès de sa mère qu’elle devait ignorait, à moins d’en avoir eu vent par ses parents. Qu’allait-elle s’imaginer maintenant qu’ils échangeaient calmement plusieurs mots ? Croyait-elle que son comportement exécrable se trouvait désormais loin derrière eux ? Il n’était ni d’accord ni prêt à retrouver leur petit quotidien douillet. Même s’il avouait volontiers que son attitude laissait parfois à désirer, surtout aujourd’hui, cela n’engageait en rien une réconciliation totale entre eux. Bien que toujours très attaché à elle, il campait sur ses positions et se jugeait encore incapable de répondre positivement à ses attentes.
« Ce n’est pas aussi sérieux que ça en a l’air… » Finit-il par murmurer pour relancer la conversation. Nettement plus détendu, il attrapa le bout de sa tunique et la souleva légèrement pour découvrir le bas de son ventre. La cicatrisation de son ancienne blessure était sur la bonne voie mais le coup de genou violent de la jeune femme avait fait reculer la guérison de plusieurs jours. Même si l’épée qui lui avait perforé le flanc gauche n’appartenait pas à Aideen, la douleur qui l’assaillait toujours le contraignait pourtant à le ressentir comme tel. Doucement, il leva son regard teinté d’un bleu terne dans sa direction avant de finalement retirer son habit dans des gestes lents, non sans réprimer une ou deux grimaces lorsqu’il tendit les bras vers le haut. Il était parfaitement apte à s’occuper lui-même de la plaie, chose qu’il avait en partie fait jusque là, mais le plaisir – presque honteux – ressenti à l’idée de recevoir ses soins semblait au-dessus de leurs querelles. L’habitude était peut-être responsable. Dans tous les cas, son geste ne pouvait que traduire une autorisation à l’approcher et le toucher.

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Jeu 22 Déc - 4:11



So alone and wondering why I feel this way
So wide the world
Can love remember how to get me home to you someday?

Au cours de leur enfance et adolescence, et en dépit de leurs caractères respectifs qui n’avaient rien de communs, Aideen et Elwyn avaient partagé une relation banale de jeunes gens qui, élevés dans un même environnement, s’apprivoisent, deviennent amis puis développent des sentiments véritables l’un envers l’autre. La demeure Broderick avait toujours été ouverte à quiconque ressentait le besoin de s’y rendre, les banquets y étaient légion et la jeune sorcière avait grandi dans les discussions importantes et les repas fastueux. Personnalités de tous âges et de tous horizons avaient défilé sous ses yeux tantôt ébahis tantôt blasés, seulement personne n’était parvenu à captiver son attention suffisamment longtemps pour l’éloigner de son unique point fixe : Elwyn Moorehead. Après avoir longuement ramé pour obtenir son attention, puis son affection, elle s’était accrochée à lui avec tellement de force que rien ni personne n’aurait été en mesure de lui faire lâcher prise. Elle aurait bien été incapable d’arriver au point où elle en était actuellement s’il n’avait été présent dans sa vie. Son existence aurait été terne et obscure si elle n’avait été entourée du cocon d’amour dans lequel il l’avait enfermée petit à petit, sans même qu’elle ne s’en rendît compte. Il était devenu un membre à part entière de sa famille, de son quotidien, et si elle avait toujours su qu’il tenait une place particulière dans son cœur, elle s’était aperçue de son importance seulement au moment où elle avait commencé à le perdre. Elle qui se vantait constamment de savoir apprécier les choses à leur juste valeur, elle était tombée dans le piège qui consistait à prendre tout pour acquis, à ne plus remettre en question la notion d’amitié et de loyauté. Le retour à la réalité, aussi progressif fût-il, avait été extrêmement douloureux, elle en payait le prix fort encore aujourd’hui. De le savoir aussi proche – tant géographiquement que sur un plan émotionnel – aurait dû la combler de joie, au lieu de cela elle ressentait un profond chagrin à l’idée d’avoir parcouru un si long chemin pour rien. Ils redémarraient de zéro, ils auraient très bien pu être complètement étrangers l’un à l’autre tant ils paraissaient ne plus se connaître ; là où autrefois elle avait anticipé ses faits et gestes, elle les craignait désormais comme s’il avait pu l’étrangler d’une minute à l’autre. Cela la rongeait de l’intérieur, elle sentait son cœur s’effriter à chaque battement.

Il était pourtant évident qu’il ne lui ferait plus de mal. Pas ce soir-là, tout du moins. Il n’y avait nullement besoin de le connaître depuis des années pour lire dans son regard bleuté qu’il avait jeté les armes, tout comme elle l’avait fait également. Le temps des batailles était terminé, il fallait désormais panser les plaies et faire semblant d’oublier. Elle hocha simplement la tête à ses paroles, acceptant la retenue dont il faisait preuve et ce qui se rapprochait le plus d’excuses en bonne et due forme.
« N’y pensons plus, » répondit-elle d’une petite voix. Sa gorge était encore serrée par le flot d’émotions qui l’envahissait. La haine qu’elle éprouvait envers elle-même et la rancœur qu’elle ressentait à l’égard d’Elwyn se mêlaient au bonheur fugace qui s’installait dès l’instant où elle se trouvait en sa compagnie en une alliance intense et complexe à gérer. Elle ne devait son visage impartial qu’à des années d’entraînement ; elle avait la chance de posséder un masque de neutralité qu’elle revêtait aux yeux du monde. C’était la première fois qu’elle l’utilisait face au jeune Moorehead, elle avait pris l’habitude d’être naturelle à ses côtés, d’être qui elle était vraiment, sans tabou ni crainte d’être jugée. Tout avait changé. Tout avait perdu de sa saveur. Elle voulait que le passé récent n’ait jamais existé, elle souhaitait récupérer le sentiment de lui appartenir, le souvenir d’une époque où elle était certes inconsciente mais tellement heureuse. Elle avait conscience qu’une simple entrevue de la sorte, une brève trêve dans leurs combats quotidiens, ne changerait pas la donne ; le mal était trop profondément ancré. Elle se connaissait, toutes ses meilleures intentions ne parviendraient pas à régler la situation ; au contraire, si elle faisait mine de trop s’accrocher à l’infime espoir qui naissait entre eux, elle était certaine de tout jeter au feu, comme à son habitude. La paix qui régnait entre eux était semblable à une biche perdue dans un bois, le moindre faux pas, le moindre craquement, et la voilà partie au triple galop. Le supplice était immense car plus elle plongeait son regard dans le sien, plus l’envie de le serrer dans ses bras s’emparait d’elle. Elle souhaitait simplement retrouver la chaleur de sa peau sous ses doigts autrement qu’en rêve, était-ce trop demander ? La réponse était évidente. De part leurs positions et les choix qu’ils avaient faits, ils n’étaient plus liés que par un passé commun. Et cela n’était pas suffisant pour partager des moments aussi intimes que des caresses, des câlins, ou pire, des baisers.

En voyant l’entaille qui s’ouvrait sur le flanc du sorcier, Aideen eut un bref rappel de la dernière fois où ils s’étaient croisés, à Hogwarts. Ce moment, elle avait essayé de l’occulter de sa mémoire tant il avait été désagréable, mais il remettait aujourd’hui les choses en perspective, et accentuait davantage sa culpabilité. Elle ne l’avait pas uniquement heurté, elle avait rouvert une plaie existante et douloureuse. Cette réalisation mit à bas la totalité de ses résolutions et elle ne put contenir l’élan de se rapprocher de lui pour venir effleurer du bout des doigts cette blessure qui aurait pu guérir rapidement si elle n’avait pas été aussi idiote. Ses lèvres mimèrent de nouvelles excuses qui demeurèrent coincées dans sa gorge tandis que ses yeux ne se défaisaient pas du mal qui avait été fait dans sa chair. Il n’avait pas tort, l’entaille n’était pas des plus graves et elle se soignerait rapidement – à condition que plus personne ne le défie en duel – mais Aideen avait besoin d’y faire quelque chose. Comme si prétendre le soigner aiderait à réparer leur relation. Elle se releva pour aller chercher le nécessaire pour nettoyer la plaie tandis qu’Elwyn se débarrassait de la partie supérieure de ses vêtements. La brunette resta un instant interdite. Tout ceci était décidément une bien piètre idée.
« Il serait préférable de boire la potion avant que je n’entreprenne quoi que ce soit. » Elle reprit place sur le lit, les sourcils froncés par la préoccupation. Elle attendit une seconde qu’il s’exécutât avant de déposer un linge humide sur la blessure, elle tapota doucement pour la nettoyer. Elle leva les yeux afin de s’assurer qu’il ne souffrait pas trop puis continua sa tâche avec conscience et douceur. Le toucher avait perdu son insouciance d’autrefois, de l’époque où elle pouvait se jeter dans ses bras sans arrière-pensée ; aujourd’hui elle mesurait avec attention la cambrure de ses phalanges, la force de ses appuis et le mouvement de ses bras pour ne pas paraître trop entreprenante, trop proche ou, au contraire, effrayée par ces contacts. Elle voulait rester le plus insensible possible extérieurement, pour compenser le volcan de sentiments qui menaçait d’éclater à l’intérieur. « Le château est bien vide depuis que tu n’es plus là, » lâcha-t-elle dans une tentative de faire la conversation. Le choix du sujet n’était certes pas le plus judicieux mais elle ne s’était pas donné un temps de réflexion suffisant. « Il ne se passe pas un jour sans qu’un servant ne me demande de tes nouvelles. Je ne sais jamais quoi leur répondre, certains en savent parfois plus que moi… » Comme cette fois où elle avait surpris une discussion au détour d’un couloir et appris le décès de Lady Moorehead en prison. Ses parents lui avaient par la suite donné confirmation mais sans grands détails. Elle ignorait si Elwyn désirait qu’elle fût au courant. Elle souhaitait en parler avec lui, histoire d’ôter ce poids qui devait certainement lui peser sur le cœur, seulement elle n’avait plus sa place de confidente auprès de lui. Réalisant cela, elle interrompit ses mouvements et se recula pour le dévisager, avec un voile de tristesse par-dessus ses grands yeux verts. Elle n’était plus personne, rien d’autre qu’un bourreau dont les bonnes intentions ne changeraient pas la cruauté enfouie.

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Dim 1 Jan - 21:43


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Seems like I was walking in the wrong direction.
I barely recognize my own reflection, scared of love but scared of life alone.
Seems I've been playing on the safe side, building walls around my heart to save me.
But it's time for me to let it go.

Cela faisait onze années qu’Elwyn partageait réellement le quotidien d’Aideen, autrement dit la moitié de son existence. Aujourd’hui âgé de vingt-deux ans, il ignorait pratiquement tout de la vie en règle générale. A partir du moment où cette dernière était privée de la présence de sa moitié, il en pâtissait obligatoirement. Malgré sa maturité certaine, déjà présente à l’adolescence, son quotidien demeurait encore peint d’une multitude de zones d’ombre attendant toujours d’être comprises. Mais cela s’avérait inexorablement impossible sans elle. Contre tous ses refus, elle avait su se battre et obtenir la victoire plus d’une fois, jusqu’à l’acquérir la plupart du temps avec lui. Même s’il n’était pas vraiment fier de lui-même – mais plutôt honteux – il appréciait grandement le cocon rassurant dans lequel était enveloppée leur intimité commune, à ses côtés il se sentait en sécurité. Ce qui n’était absolument pas normal, en aucun cas il n’avait le droit de réclamer une quelconque forme de protection de sa part. La femme était celle qui, en toute logique, quémandait principalement le réconfort que lui devait son compagnon. Tout comme il était tenu de lui apporter une épaule solide sur laquelle se reposer tranquillement, sans avoir à s’inquiéter pour sa personne. Hélas, le jeune homme n’avait pas connu un parcours ordinaire contrairement à une bonne partie des sorciers lambdas issus du même milieu que lui. L’argent ne lui avait absolument rien apporté. Néanmoins, il lui arrivait tout de même de remercier l’or de ses géniteurs grâce auquel les Moorehead s’étaient liés d’amitié avec la famille Broderick. Sans ce sang noble coulant dans ses veines, jamais son chemin n’aurait croisé celui de la ravissante brunette. Même en imaginant son admission à Hogwarts dans un contexte totalement différent, la belle n’aurait pas daigné poser un seul instant son regard hypnotisant sur un garçon sans le sous. Autrement que dans un environnement amical, bien entendu.

Aujourd’hui, les choses avaient changé. Tout était différent. Plus rien, dans cette pièce, ne semblait similaire à ses souvenirs pourtant nombreux. Même leur amitié, la base première de leur relation, n’était plus. Elle s’était effilochée à vue d’œil jusqu’à disparaître progressivement dans un nuage de poussières. Il était étrange de constater à quel point mais surtout à quelle vitesse toute une histoire pouvait basculer, allant d’un extrême à l’autre. Et à première vue, sans retour possible. Le chemin de la réconciliation était beaucoup trop sinueux et incertain pour être ne serait-ce qu’un minimum envisagé. Et puis, que leur apporterait cette harmonie nouvellement retrouvée ? Pas grand-chose, de cela il en était sûr. Le mal était fait. Même avec la plus grande des volontés et le plus puissant des amours, jamais les deux jeunes gens ne pourraient retrouver ce qui jadis les unissait fortement. Certes les sentiments étaient toujours présents entre eux, mais le châtiment sévère dispensé par le jeune sorcier depuis plusieurs mois – et qui dès lors n’avait cessé de s’accentuer – avait eu raison de leur attachement commun. De la haine à l’amour, n’y aurait-il pas qu’un infime petit pas à effectuer ? Il n’avait jamais véritablement mesuré la portée d’un tel dicton avant ce jour, précisément. Maintenant qu’il avait l’occasion de la sentir extrêmement proche de lui physiquement, toutes ses prétendues bonnes résolutions destinées à la maintenir éloignée tombaient un peu plus à l’eau à chaque contact visuel et charnel. Sans même s’en apercevoir, il revenait peu à peu en arrière, suffisamment pour se demander sérieusement si toute cette mascarade avait un véritable sens. Désormais, il n’était plus sûr de rien et cette situation le dérangeait grandement. Il détestait par-dessus tout ne plus avoir le contrôle sur ses émotions et la jeune femme le savait pertinemment. Encore fallait-il qu’elle eût conscience du mal presque plaisant qu’elle lui infligeait présentement en se tenant aussi près de lui. Là, tout de suite, il était prêt à rompre le contrat stipulant de manière clair qu’il était formellement interdit de s’approcher de ses filets. Hélas, il était déjà trop tard, Elwyn s’était maladroitement et solidement pris les pieds dedans. De ce fait, il était actuellement piégé et fermement empêtré dans cette entrave maléfique mais magnétique.

Lorsqu’Aideen se remit sur ses deux jambes, cette action – anodine avouons-le – lui offrit un petit temps de répit bienvenu durant lequel il put remettre un minimum d’ordre dans ses idées. Le voile de pensées lointaines qui l’avait jusque là plongé dans une léthargie quasi-totale se dissipa quelque peu pour lui donner l’opportunité de se ressaisir. Après tout, elle n’était qu’une femme parmi tant d’autres. Une femme qui, du haut de ses vingt et un an, demeurait seule au possible. Par sa faute qui plus était. Une femme, tout ce qu’il y avait de plus quelconque dans cet immense royaume. Des nobles aux bonnes manières poussaient à foison dans les environs. Non, décidément, elle n’avait rien de spéciale. Qui cherchait-il à convaincre en ayant un tel raisonnement ? Absurde et totalement erroné de surcroît. Pas lui, de toute évidence. Car si Elwyn était persuadé d’une chose, il s’agissait bien de la valeur – à tous les niveaux – de son amie. De nombreux hommes étaient certainement prêts à s’aventurer dans sa direction pour la courtiser de la seule manière qu’une femme appréciait réellement. Beaucoup avaient sans nul doute des qualités que jamais Moorehead ne possèderait. Et pourtant, il était probablement le seul à savoir de quelle façon cueillir cette douce enfant unique qui, contrairement à ses semblables féminines, n’était nullement disposée à éclore devant le plus offrant des princes. Son avenir ne se résumait pas à des pièces d’or allant et venant entre les mains de paternels satisfaits de leur transaction. La jolie brune respirait le romantisme, cela ne faisait aucun doute. C’était justement sa nature sentimentale qui posait problème au jeune homme. Il ne pouvait décemment plus lutter davantage contre les manifestations intérieures de son cœur qui, présentement, menaient une véritable révolte à son encontre. Comment s’attaquer volontairement à l’unique personne honnête de notre entourage ? Tout serait tellement plus simple si la belle s’était contentée de devenir une femme superficielle simplement soucieuse du côté matériel de son existence. Pourquoi ne pouvait-elle pas seulement accepter l’une des propositions de mariage faites à son père et oublier le temps conséquent qu’il lui avait fait perdre ? Devait-elle vraiment se cramponner à lui de la sorte ? Qu’avait-il de si « exceptionnel » pour refuser catégoriquement de l’abandonner ? Il n’avait rien de singulier. Si tel avait été le cas, jamais il ne se serait comporté aussi violemment avec elle un peu plus tôt dans la journée. Il empruntait lentement ce même sentier étrange et mal éclairé que lui avait indiqué son père lors de son adolescence mais qu’il avait assurément refusé de suivre. Il ne voulait pas se transformer en cet être insensible qu’autrefois ses géniteurs désiraient qu’il devienne. Un homme à qui l’on avait promis une magnifique épouse qu’il pensait pouvoir manipuler comme bon lui semblait. Ce n’était définitivement pas le genre de perspectives qu’il souhaitait aussi bien pour elle que pour lui.

S’exécutant, il attrapa la petite fiole déposée sur la table à ses côtés et en but rapidement le contenu avant de la remettre à sa place initiale, non sans une légère grimace au contact du linge sur sa peau abîmée. Ses yeux légèrement plissés examinaient avec intensité le moindre de ses mouvements sur sa blessure alors qu’il rentrait doucement le ventre en une grande inspiration qu’il mit du temps à expirer.
« L’absence d’une personne ne suffit pas à vider l’ensemble d’un château, tu sais. » Répondit-il avec une pointe d’humour dans la voix, jouant sur les mots. Mais surtout afin d’éviter soigneusement le restant de ses propos. Il aurait aimé avoir le courage de lui dire que son absence dans sa vie suffisait amplement à creuser un trou béant dans son quotidien misérable. Mais il en était tout bonnement incapable. Bien trop maladroit avec les mots, il ne savait jamais de quelle manière les manier et dans quel ordre les juxtaposer dans le but de former des paroles qui avaient un véritable sens. Mais comment lui exprimer clairement son ressenti ? Il avait la désagréable sensation qu’aucun mot et aucun son n’étaient suffisamment forts pour relater avec exactitude la véracité de son amour à son égard. L’authenticité de ses sentiments pour elle n’était hélas accessible par aucune forme de franchise, même extrême. Il était perdu, tout simplement. Un retour difficile en arrière, une décennie plus tôt, où tout et tout le monde l’effrayait, jusqu’à ses propres émotions.

Instinctivement, sans réfléchir un seul instant, il rattrapa sa main lorsque la demoiselle entreprit de se reculer légèrement pour rétablir une distance raisonnable entre eux. La main emprisonnant fermement son poignet, il laissa son regard bleuté parcourir l’intégralité de son visage dont les traits lui avaient atrocement manqués. De sa main libre, il lui prit le morceau de tissu et s’en débarrassa furtivement en le jetant plus loin, sans grand intérêt pour l’endroit où ce dernier échouerait. Il demeura ainsi, dans cette position, durant plusieurs secondes, ses doigts retenant son bras en équilibre au-dessus de lui, ne sachant indubitablement que faire. Son torse s’élevant et s’abaissant dans un mouvement beaucoup trop rapide, il lui replaça délicatement la main sur la plaie nettoyée, paume contre peau, et la relâcha aussitôt.
« Pardon. » Murmura-t-il par la suite. Sa respiration devenue saccadée, il ignorait lui-même s’il lui demandait explicitement d’excuser son geste présent ou bien s’il mentionnait ces nombreuses semaines de silence insoutenable. A nouveau sans penser au préalable à ses actions, Elwyn tendit fébrilement sa main en direction de la joue de la jeune femme qu’il ne parvint toutefois pas à effleurer car il interrompit personnellement sa tentative. Dans un soupir discret mais abattu, il détourna la tête dans une orientation opposée à la sienne. Toute cette souffrance et ce plaisir indescriptible qu’ils s’imposaient mutuellement depuis le début de la journée le conduisait à une réflexion qu’il savait pertinemment vraie. Durant toute son existence, il avait été en mesure d’aimer une unique fois et la principale concernée se tenait actuellement devant lui. Son amour pour elle dépassait l’entendement et n’était comparable à rien d’autre ; même l’affection qui le liait autrefois à sa mère n’égalait aucunement ce qu’ils possédaient. Sans elle, il n’était rien. Lui qui n’avait jamais vraiment ressenti l’impression d’exister ou d’appartenir à une espèce bien définie, il savait dorénavant qu’il faisait parti d’un tout, d’un binôme bien particulier. On ne lui avait offert l’opportunité d’aimer qu’une seule fois dans sa vie et cette chance ne se représenterait pas de sitôt, il en avait conscience. Elwyn Moorehead était conçu pour éprouver les affres d’un seul amour. S’il décidait intentionnellement de le laisser filer devant lui sans le retenir, alors il s’assurait délibérément un avenir fait de solitude.

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Mer 4 Jan - 4:19


Did I say that I loathe you?
Did I say that I want to leave it all behind?
I can't take my eyes off you, I can't take my mind off you.

Aideen était un esprit libre, indépendant, qui ne semblait pas en mesure d’être dompté. Ses parents avaient cherché dès son plus jeune âge à tempérer son comportement trop impétueux et flamboyant pour une demoiselle de son rang. Elle était une noble, l’unique héritière d’une fortune, l’ultime représentante d’un nom qui devait conserver son importance. Elle avait reçu très tôt des responsabilités qui auraient dû incomber à son frère aîné – puisse-t-il rester en paix – et n’avaient reçu que très peu de soutien pour ce faire. Certes, ses géniteurs étaient des gens très respectables, ouverts et sympathiques à plus d’un titre, cependant ils conféraient beaucoup trop d’importance aux apparences. Toute leur existence se résumait à des actions et des discours tenus pour plaire au plus grand nombre, pour convaincre leurs semblables de leur légitimité. Comme s’ils avaient eu besoin de cela alors que leurs noms seuls auraient suffi à faire trembler n’importe quel royaume à des miles à la ronde. Cependant, le tempérament téméraire de leur petite dernière ne plaisait pas à tous et pour pallier à ce « défaut », ils l’avaient enveloppée dans un cocon de bijoux, de magnifiques robes et d’attentions éphémères afin de lui rappeler sa condition de femme. Sa condition de future épouse, qui se devait de taire ses désirs de liberté au profit d’une patience sans borne. Leur plan s’était avéré efficace, de façon toutefois relative puisque même si elle était désormais persuadée que sa vie n’aurait de sens qu’une fois mariée, elle n’avait toutefois pas occulté ce qui faisait pleinement partie d’elle. Elle était encore aujourd’hui cette femme forte, intrépide, qui faisait peu de cas des règlements et de l’autorité ; mais elle était également devenue cette fleur délicate qui ne demandait qu’à être cueillie avec douceur et respect. Elle s’était créée durant l’enfance une vision bien définie de son avenir, auquel elle avait associé Elwyn quelques mois à peine après l’avoir connu, alors qu’elle était encore bien trop jeune pour comprendre le sens du mot « amour ». Cette image avait vu ses contours redéfinis à maintes reprises au cours des années pour se consumer presque entièrement en moins d’un an. Ses rêves et prédictions, tout d’abord, avaient rendu son quotidien pénible et incertain ; mais c’était surtout l’éloignement du jeune Moorehead et son refus catégorique d’assumer officiellement ce qui existait entre eux qui avaient achevé de réduire en cendres ses rêveries enfantines. Néanmoins, Aideen ne s’était jamais laissé entraîner par le désespoir ; s’ils étaient destinés l’un à l’autre comme elle le pensait, alors ils trouveraient la force nécessaire pour surmonter tous les obstacles mis en travers de leur chemin. S’ils ne l’étaient pas, cependant, elle n’aurait qu’à s’en prendre à elle-même pour tout le temps, et l’énergie, perdu à s’attacher à cet individu qui possédait au moins la moitié de son cœur.

La jeune maîtresse des lieux baissa les yeux avec un sourire discret, moins amusé que nostalgique, à la suite de la réponse d’Elwyn.
« Ne sous-estime pas l’aura qui t’entoure. Ta présence n’est pas aussi dispensable que tu pourrais le penser. » Elle acheva sa phrase dans un murmure, sans relever la tête dans un premier temps, concentrant la plus grande partie de son attention sur la plaie qu’elle tentait de soigner tandis que le reste se battait pour garder une distance respectable entre leurs deux corps. La subtilité n’avait jamais été le fort de l’héritière Broderick, elle était plutôt du genre à mettre les pieds dans le plat quelle que soit la situation, mais ce soir-là, elle était bien décidée à ne pas céder. Elle ne souhaitait pas lui indiquer ouvertement à quel point il lui manquait, ni qu’elle se languissait chaque jour de le revoir au détour d’un couloir. C’aurait été trop demander à sa fierté de sang et or. « L’une des jeunes cuisinières m’a demandé, il n’y a pas une semaine de cela, si tu étais parti pour te marier avec la fille d’un royaume voisin. Elle semblait véritablement inquiète, je crois qu’elle te porte une grande affection. » Pieux mensonge qui n’en était pas un. Certes, une servante lui avait bel et bien posé la question, néanmoins cette dernière visait davantage à savoir si Sir Moorehead avait abandonné Lady Broderick pour une autre. Car aussi attrayant fût Elwyn – et il l’était, à bien des égards – tout le monde au sein du château était conscient qu’il était une chasse gardée. Il ne serait venu à l’esprit d’aucune de lui lancer des œillades suggestives sans risquer de se faire remercier sur le champ, ou pire. Aideen n’avait jamais démontré une jalousie ou une possessivité excessive à l’encontre de son ami, il n’empêchait qu’elle imposait le respect à cause de sa maîtrise des divers sortilèges d’attaque qui lui avaient été enseignés par son – jadis – cher cousin. Sortilèges qu’elle avait testés à plus d’une reprise sur l’un des serviteurs, sans jamais causé mort ou dégâts irréparables. Hormis à ce pauvre Philibert qui regrettait, encore aujourd’hui, son lobe d’oreille gauche.

Son corps tout entier se crispa de surprise lorsqu’il lui attrapa le poignet et le garda, fermement mais sans lui faire mal, emprisonné l’espace de plusieurs minutes. Son regard passa de son visage, descendit le long de son bras jusqu’à sa main qui tenait bon, puis suivit le mouvement de son autre bras qui la débarrassa du linge dont elle venait de faire usage. Les palpitations de son cœur résonnaient dans ses tempes tandis que le haut de son corps se penchait irrésistiblement en avant. Ses doigts rencontrèrent la peau du jeune homme, sans aucun tissu cette fois pour les séparer, et Aideen sentit tout un flot de désirs inavouables s’emparer d’elle. Le « pardon » discrètement articulé caressa agréablement les oreilles de la jeune femme qui ferma les yeux en baissant imperceptiblement la tête. Elle sentit sans avoir besoin de voir le mouvement de la main d’Elwyn non loin de sa joue. C’était le moment idéal, celui auquel elle avait longuement rêvé durant ses interminables soirées en solitaire, au lieu de relire ses parchemins. Elle rouvrit très doucement les yeux, de peur de se réveiller et de se rendre compte qu’il ne s’agissait en réalité que d’un songe – ce qui n’aurait été nullement étonnant, vu l’accumulation d’événements improbables qu’ils venaient de partager. Elle constata, non sans une pointe de déception, qu’il n’avait pas été au bout de son geste et qu’il s’était détourné en la laissant dans l’expectative. La sorcière ramena contre elle la main qu’il avait capturée un peu plus tôt puis, de l’autre, s’empara d’un bout de la couverture placée derrière eux et vint la déposer sur les épaules du jeune homme.
« Il ne faudrait pas que tu attrapes froid, » souffla-t-elle en la refermant autour de lui, se rapprochant obligatoirement pour ce faire. La distance respectable instaurée par les mœurs de l’époque était effacée depuis un bon moment maintenant, mais elle n’en avait cure, elle ne parvenait à se défaire de lui, de sa présence, de ce halo chaleureux qui émanait de lui en dépit de tous les efforts qu’il mettait en œuvre pour exposer le contraire. Son cœur battit à tout rompre dans sa poitrine quand elle remarqua la promiscuité de leurs visages. Ses yeux se fixèrent aux siens avant de descendre irrémédiablement sur ses lèvres.

C’était le deuxième moment propice au pardon et à l’oubli, personne ne pouvait assurer qu’ils auraient droit à une troisième chance. Son esprit se divisa en plusieurs parties, chacune d’elle imaginant la suite des événements selon qu’elle décidait de l’embrasser ou non, d’attendre qu’il le fasse ou se recule ; tout un tas de données furent traitées dans un laps de temps juste un peu trop long. Lorsqu’elle s’en rendit compte, elle plaqua un sourire timide sur son visage qu’elle éloigna de celui de son compagnon. Elle se remit promptement debout, gardant ses bras devant elle afin d’éviter qu’il ne l’arrêtât une seconde fois dans son élan, et lui fit face.
« J’ai fait tout ce qui est en mon pouvoir pour réparer au mieux mon erreur, il est temps pour moi de te laisser… » L’incertitude se lisait dans chaque mot qu’elle prononçait. Oh que non, elle ne désirait pas partir, mais il le fallait. Pour leur santé d’esprit à tous les deux, il n’était pas conseillé de rester plus longtemps ensemble dans la même pièce, sans autre témoin pour s’assurer que les règles de bonne conduite étaient respectées. Si elle le savait, pourquoi diable demeurait-elle encore à ses côtés alors que la porte qui la mènerait vers son salut se trouvait à quelques pas de là ?

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    Leave it unspoken.
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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Ven 6 Jan - 2:05


(c) dead-alibi

Never meant to hurt you.
How could I cause you so much pain ?
When I say I'm sorry, will you believe me ?
There's no excuse, no explanation.

Il ignorait réellement la raison d’une telle volonté mais il fallait bien avouer que la jolie Aideen l’avait toujours plus ou moins placé sur un piédestal qu’il ne pensait cependant pas mériter. Depuis leur plus tendre enfance, même lors de leur rencontre d’ailleurs, elle n’avait cessé de lui porter un intérêt qu’aucun autre enfant du royaume tout entier ne lui avait jamais donné. Alors qu’elle n’était pas plus haute qu’un elfe de maison, elle avait consenti avec grand plaisir à lui accorder un peu de son temps, jusqu’à finalement le lui offrir totalement au fil des années. De cela, il n’avait jamais vraiment eu l’occasion de la remercier. Pourtant, il lui était plus que reconnaissant d’avoir fait tant de choses pour l’aider à s’acclimater à sa nouvelle vie, son nouvel environnement et son nouvel entourage. Il était d’un an son aîné mais avait su apprécier à sa juste valeur le cocon confortable dans lequel elle l’avait enveloppé. Malheureusement, cette fusion entre les deux enfants ne fut pas totalement une bonne chose. Bien vite devenu dépendant de la présence de son amie, Elwyn ne pouvait hélas plus se passer de sa compagnie et n’hésitait pas un seul instant à le faire remarquer, sans honte ni gêne. Sans se rendre compte de la portée de son comportement, elle l’avait inconsciemment rendu totalement soumis à son accompagnement au quotidien. Certes n’était-il plus ce garçonnet blafard au regard perçant et dépourvu de voix, grâce à elle, néanmoins un autre problème s’était immédiatement greffé à lui dès le départ de quelques autres. Aussi triste que cela pouvait paraître, son existence même n’avait pas le moindre sens sans Aideen à ses côtés. C’était la stricte vérité. A elle seule, elle avait dû endosser bon nombre de rôles pour corriger l’équilibre précaire du petit sorcier, celui de la mère, de la sœur, de la confidente, de l’amie. A présent, et avec du recul, il réalisait à quel point elle avait brillamment tenu la fonction de pilier central dans sa vie. Sans ce petit noyau, responsable de ses mésaventures comme de ses sourires, il perdait aussitôt l’ensemble de ses repères et de ce fait ne parvenait plus à se diriger comme il le fallait. Elle lui avait appris à emprunter des chemins dans lesquels sa fine silhouette figurait toujours, aussi bien à l’avant qu’à l’arrière. Par conséquent, quand il fut question de prendre librement son envol, le jeune homme utilisa un itinéraire qui lui était jusque là inconnu et qui le conduisit inévitablement vers des sentiers qu’il n’avait jamais foulé. Perdu, il n’avait alors pas mesuré ô combien il lui serait désormais difficile d’accomplir sa destinée seul.

Dans une mimique presque timide – qu’il tenta de dissimuler avec sa main qu’il plaça sur son visage – il baissa légèrement la tête avec un sourire indéchiffrable sur les lèvres.
« Ne dis pas d’idioties… » Une jeune cuisinière, entichée ? Il ne la croyait absolument pas. A dire vrai, jamais aucune femme ne l’avait regardé de la même manière que le faisait Aideen depuis des années maintenant. C’est bien pour cela qu’il émettait quelques doutes sur ses paroles. Bien entendu, il ne se pensait pas plus laid qu’un autre – pas plus beau cependant, il le savait pertinemment – et sa gentillesse avait très certainement dû toucher plus d’un domestique dans le château. Quand il n’était pas contrarié pour différentes raisons, sa compagnie n’était nullement désagréable. Parfois même d’un naturel avenant, il avait dispensé quelques cours de botanique à une jeune femme en cuisine – justement – afin de l’aider à compléter son savoir culinaire. Car même si ses connaissances en herbes et plantes lui étaient principalement utiles pour la préparation d’antidotes et remèdes, elles s’avéraient tout aussi efficaces dans la manipulation d’aliments.

Cette journée toute entière n’était rien d’autre qu’une grande mascarade destinée à faire rire le peuple. Très bientôt il se réveillerait dans des draps d’un blanc immaculé, dans une chambre aux murs froids et à la décoration glaciale, dans une demeure qu’il ne reconnaissait plus et qu’il n’était plus en mesure d’appeler « maison. » Il rêvait. On ne pouvait, en seulement quelques heures, ressentir autant de frissons – agréables et désagréables – et partager deux moments diamétralement opposés sur le plan émotionnel. Un homme et une femme ne pouvaient décemment pas se déchirer de la sorte, en venir à l’utilisation de la baguette magique pour se quereller, puis ensuite se retrouver en silence, dans un calme absolu, et se lancer des œillades suggestives et amoureuses. Ce n’était tout bonnement pas sain. Pourtant il devait se faire une raison, il n’était vraisemblablement plongé dans aucune espèce de songe. Son esprit était solidement ancré au monde réel et là était tout le problème. Si toute cette situation n’avait été qu’un doux rêve, alors il aurait su trouver le courage de lui crier son amour infini et confesser ses nombreux regrets. Hors, il en était parfaitement incapable, du moins en partie.

Lorsqu’elle lui recouvrit les épaules à l’aide d’une couverture dans laquelle il avait tant apprécié se lover dans le passé, il eut un léger mouvement de tête instinctif dans une attitude presque câline. Malgré leurs différents, malgré tout le mal qu’il lui infligeait ces derniers temps, elle persistait à se faire du souci pour sa santé bien souvent fragile. Ce comportement le toucha sensiblement mais il ne lui exprima qu’un simple hochement de tête suivi d’un sourire pour toute réponse. Durant la longue immobilisation de la jeune femme à ses côtés, Elwyn promena son regard à divers endroits stratégiques. A commencer par ses lèvres dont la candeur lui manquait horriblement, en passant par sa nuque qu’il avait trop peu de fois embrassé pour se souvenir de sa saveur qu’il savait toutefois douce et fruité, pour finir par ses yeux émeraude vers lesquels il était irrémédiablement remonté afin de pouvoir s’y noyer dangereusement. L’espace d’une seconde ou peut-être minute, la notion de temps avait perdu toute sa valeur, il demeura figé, comme bloqué dans sa direction. Son corps tout entier la réclamait, cela s’avérait même flagrant. Tout son organisme désirait la garder pour lui. Ses yeux océan la fixaient avec intensité, sa masse était inclinée vers elle, même le haut de son corps était penché vers la demoiselle. On ne pouvait faire plus explicite. Pourtant, la jeune femme choisit délibérément de mettre un terme à cet instant unique qui, sans nul doute, aurait probablement pu déboucher sur des retrouvailles d’un autre genre. Enfin, la question ne se posait désormais plus, car elle avait profité de son moment d’absence pour se remettre debout et reculer de quelques pas, dans le but probable de ne plus se trouver à portée de main.


« Et je t’en remercie sincèrement. » Répondit-il immédiatement lorsqu’elle affirma avoir fait le maximum pour se racheter. « Tu n’étais nullement obligée de venir jusqu’ici en personne… » Oui mais jamais il n’aurait consenti à boire la potion si elle n’était pas venue la remettre en mains propres. Il s’appuya de ses deux paumes sur le matelas et imita un jeu maladroit de balancier avec son corps, preuve de sa nervosité mêlée à une certaine hésitation. Rester à sa place. Se relever. Lui parler. Se taire. Tant de possibilités se présentaient à lui, il ignorait laquelle était la belle entre toutes. Pour éteindre son incertitude, il se remit promptement debout, resserrant le tissu de la couverture contre lui pour se donner un peu de courage. Se retrouvant à nouveau à quelques centimètres de son amie, Elwyn put ressentir les innombrables fourmillements qui lui parcouraient l’échine chaque fois que leurs regards se croisaient un peu trop longtemps. Il fit un pas discret dans sa direction, puis un autre, jusqu’à ne plus pouvoir avancer du tout. Après avoir libéré l’un de ses bras, il leva sa main à la hauteur de son visage dont il caressa délicatement la joue du bout des doigts. Sans réfléchir davantage, il approcha lentement sa bouche et pressa ses lèvres contre les siennes dans un baiser tout ce qu’il y avait de plus chaste et pur, mais surtout sincère. Non, il ne comptait pas la retenir plus longtemps, elle était dans son droit en voulant quitter ses appartements, c’était même compréhensible. Même si leur relation était plutôt confuse actuellement, il ne voulait pas lui dire au revoir sans même l’avoir embrassé au préalable, chose qu’il n’avait pu faire lorsqu’il avait subitement décidé de fuir. Pas de cris ni de pleurs, juste le silence et la douceur pour les accueillir. S’il se sentait capable de lui demander pardon et de sceller ses lèvres aux siennes, alors il trouverait la force d’être entièrement honnête avec elle. Sa précédente entrevue avec Sybela ne cessait de lui hanter l’esprit. Ses pensées étaient continuellement tournées vers ce champ, où des paroles avaient été échangées et des gestes partagés. Il ne tenait plus. Son cœur n’était pas suffisamment performant pour endurer pareille situation. Et puis, Aideen valait tellement mieux que ces mensonges dissimulés depuis plusieurs semaines. La quitter était une chose, lui cacher la vérité en était une autre. « Je ne mérite pas ta sympathie. » Lâcha-t-il subitement en se frottant les yeux. « Je ne mérite pas ta douceur. Je ne mérite pas ton attention. » Se mordillant l’intérieur de la joue, il fit un pas en arrière. « Je ne te mérite pas. » Conclut-il alors d’une voix grave et résignée. « Pourquoi t’acharne-tu autant à vouloir partager ma compagnie ? Tu dois te douter au fond de toi que je ne mérite pas ta clémence. Tu le sais… » Il se retourna lentement et entreprit de faire les cent pas dans la pièce. « Dis-moi que je n’aurais jamais ton pardon, car il ne serait pas juste que je l’obtienne. » C’est un visage marqué par l’inquiétude, et déformé par la tristesse, qu’il lui afficha. « Tu ne devrais pas être ici, en présence d’un homme qui a fauté et qui t’a volontairement trahi. » Ses doigts se crispèrent sur la couverture qu’il serrait fermement contre lui à s’en couper le souffle. « Ma lâcheté m’a poussé à te dissimuler la vérité. Crois-moi, je continue à éprouver de la honte vis-à-vis de mon comportement mais je ne peux décemment te laisser espérer davantage d’un leurre. » Le moment tant attendu était enfin arrivé, il allait lui révéler la vérité, toute la vérité. « Il y a eu une autre femme. » La bombe à retardement était lancée. « Tu as parfaitement le droit de me juger, je peux le comprendre, néanmoins je te demande de ne pas remettre en doute mes sentiments pour toi. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, Aideen… Je ne sais pas de quelle manière expliquer mon geste, tu dois présentement me haïr, mais il s’agissait d’une pulsion purement physique, rien d’autre, je te le promets. » Cette explication n’était pas très rassurante. « Ce n’était pas important… C’était une erreur. Je suis conscient de la gravité mes actes. Pardonne-moi. » Les paroles s’échappaient d’entre ses lèvres à une vitesse fulgurante, il ne lui laissait pas vraiment l’occasion d’apporter son point de vue, sachant que s’il décidait de s’interrompre, il n’irait pas plus loin dans ses excuses. « S’il te plaît. » Ajouta-t-il d’une voix tremblante, serrant toujours plus le bout de tissu contre lui comme si sa vie en dépendait. Ses pieds ne cessaient de l’entraîner aux quatre coins de la chambre. Ne tenant plus en place, il souhaitait pourtant ardemment mettre fin à ce calvaire douloureux et pénible pour les deux partis. En aucun cas, il ne quémandait son pardon dans l’optique de reconstruire quelque chose avec elle, de toute façon il n’en avait nullement le droit. Son désir était le suivant ; elle devait encaisser cette révélation comme une femme forte qu’elle était et ne pas gaspiller inutilement son énergie en le détestant plus que de raison. Elle n’avait d’autre choix si elle voulait réellement s’en sortir et se reconstruire. Avec quelqu’un d’autre…

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MessageSujet: Re: And confess your love as well as your folly [R.]   Sam 7 Jan - 2:22


Feelings have deserted me to a point of no return
So the light fades out and you're so close to lose it

Aideen n’avait été obligée par personne, il était vrai. Elle s’était rendu dans cette chambre de son plein gré, même si intérieurement elle savait qu’elle s’en serait voulu éternellement d’avoir laissé passer la journée sans lui présenter des excuses. Sa fierté crevait le plafond, cela n’était un secret pour aucun de ses proches, toutefois lorsqu’elle était en position de tort, elle faisait toujours amende honorable. Elle méprisait plus que tout au monde la lâcheté et la malhonnêteté, c’est pourquoi elle s’en préservait dans la mesure du possible. Comme elle aurait souhaité, à cette seconde précise, se préserver de la douleur lancinante qui étreignait sa poitrine. Les propos d’Elwyn, aussi doux furent-ils, n’apaisèrent pas les mille tourments que sa simple présence lui causait, au contraire, ils ne lui donnèrent que plus envie de prendre ses jambes à son cou et fuir cette pièce avant de commettre l’irréparable. Elle devait se contenter des mots de sympathie échangés, ils formaient déjà un incroyable bond en avant pour leur relation qui avait énormément souffert ces derniers mois. Oui, elle devait partir, la tête haute et le cœur un peu plus léger que le matin-même. Elle était bel et bien décidée à joindre le geste à la pensée lorsque le jeune sorcier se releva à son tour et vint se placer non loin d’elle. Elle secoua lentement la tête de gauche à droite tandis qu’il avançait toujours plus dans sa direction, comme pour le dissuader de faire un pas de plus. Toutefois ses yeux, qu’elle ne pouvait détacher de son visage, hurlaient le contraire. Ils passaient fébrilement de son regard azur à ses lèvres sans parvenir à trouver un point d’ancrage. Ses épaules frissonnèrent sous la chaleur de sa main sur sa joue. Ce qu’elle aurait aimé être plus forte à cet instant, elle aurait pu le repousser et ne pas succomber à « ce moment » tant attendu par les deux protagonistes. Mais elle aurait alors manqué l’un des plus beaux baisers qu’il lui avait été donné de vivre au cours de ses vingt-et-une années d’existence. Ses bras se levèrent, ses mains se refermèrent sur le vide comme elles se seraient agrippées à la couverture si elle n’avait pas jugé cela trop indécent. Aussi pressante fût l’envie de lui faire comprendre à quel point cet échange la rendait heureuse, elle ne tenait pas à en faire trop trop vite. Il fallait que tous deux se rendent compte du caractère unique de ce qu’ils avaient. Combien la séparation avait été douloureuse mais que fort heureusement les réconciliations avaient du bon.

La naïveté d’Aideen Broderick aurait presque été touchante considérée d’un point de vue extérieur. Elle rouvrit les yeux sur Elwyn qui se reculait lentement, ses mains effleurant la laine tressée de sa couverture. Un sourire bienheureux s’étalait sur ses lèvres qui venaient de goûter à ce que l’on faisait de mieux dans tout le nord du pays. Sourire qui se figea dès les paroles qui suivirent. Il ne lui laissait pas le temps de répondre, il égrainait sa tirade comme s’il l’avait répété des jours durant. Si ses hésitations étaient mignonnes, son empressement et son regard assombri ne faisaient qu’accentuer l’inquiétude chez Aideen qui ne pouvait qu’écouter, impuissante. Elle voulait le réconforter, porter une main jusque dans ses cheveux, le serrer contre lui et lui assurer que tout irait bien désormais. Qu’ils se possédaient l’un l’autre et que tant qu’ils seraient ensemble, rien ne pourrait les atteindre. Elle le connaissait parfaitement, pour avoir partagé les années les plus décisives de sa vie, et il était peu de choses qu’il pouvait dire ou faire en mesure de la faire fuir ou de ne pas mériter son pardon. Pour preuve, quelques heures plus tôt il avait planté son épée dans son épaule et elle ne lui en tenait déjà plus rigueur. Sa clémence lui était toute offerte, il devait le savoir maintenant. Les étincelles qui avaient pris possession du regard émeraude de la jeune femme perdirent de leur éclat à la mention de l’adjectif « trahi ». Il ne s’était jamais agi d’une trahison pour elle, il avait simplement pris ses distances quelque temps, l’essentiel était qu’il avait fini par revenir vers elle. Pourquoi tourner cela en farce comme il le faisait ? Ce n’était plus divertissant, bien au contraire, il était grand temps que cela cesse et qu’ils profitent de leurs retrouvailles comme il se devait. Elle se rapprocha de quelques pas dans sa direction, dans l’optique de l’arrêter dans ses mouvements d’animal en cage, mais fut elle-même stoppée bien avant de l’atteindre par une flèche qui se planta directement dans sa poitrine en coupant instantanément son élan.

« Il y a eu une autre femme. » Aideen tourna la tête pour suivre les cent pas d’Elwyn. Son visage n’exprimait plus qu’un mélange d’incompréhension, de colère et de déception ; tant d’émotions contradictoires qui déformaient ses traits en une expression presque neutre, insondable. Elle ne parvenait plus à respirer, elle sentait la pointe de la flèche se frayer un chemin jusqu’à son cœur, déchirant peau et chair sur son passage. Elle était incapable de se défaire de cet arrière-goût amer dans sa bouche, elle ne parvenait pas à articuler la moindre réponse cohérente. A nouveau, elle ne pouvait que subir l’assaut de ses mots, de cette révélation qui n’allait qu’en empirant en dépit de la meilleure volonté dont il faisait preuve. « Je n’ai jamais cessé de t’aimer, Aideen. » Elle lui aurait ri au nez si elle ne s’était pas trouvée aussi abasourdie. Le choc était immense. Malgré l’omniprésence de ses visions de l’avenir dans son quotidien, elle n’avait pas vu venir celle-ci. A son plus grand désarroi. Elle qui aurait juré que son amour pour l’héritier Moorehead était sans limite, voilà qu’il venait de lui prouver le contraire en l’espace de quelques secondes. « Mais il s’agissait d’une pulsion purement physique. » Cette fois, c’en était trop. Elle détourna le regard de sa silhouette devenue insupportable et fixa le vide devant elle. Voilà donc le problème sous-jacent de leur relation : le sexe. Il s’était éloigné d’elle parce qu’elle s’était refusé à lui durant toutes ces années ; il n’avait plus supporté son côté prude et s’en était allé voir ailleurs. Cela semblait logique, elle était autant à blâmer que lui dans cette histoire. Sauf qu’elle ne l’avait jamais trahi. Elle n’avait planté aucun poignard dans son dos sous prétexte qu’il était trop distant. Elle lui était restée fidèle malgré tous les obstacles. Pauvre et naïve enfant. Elle entendait déjà les rires de ses paires le jour où cette nouvelle s’ébruiterait, elle qui n’avait eu de cesse de vanter l’affection réciproque qui la liait au jeune Moorehead, l’avenir brillant qui lui était réservé. Elle devrait désormais endossée la place de seconde dans sa vie, être « l’autre » à défaut d’être sa première. Ce n’était pas envisageable. Sa fierté ne lui permettrait pas de ne pas être traitée comme la grande gagnante du champ de bataille qu’était le cœur d’Elwyn.

Finalement, le débit de paroles se tarit jusqu’à une ultime et vaine demande de pardon. Aideen redressa haut la tête, dissimulant au mieux les tremblements dans ses lèvres et ses épaules. Elle ne verserait aucune larme ce soir, pas après une telle trahison. Pas après cette nouvelle démonstration de lâcheté. Elle comprenait son fonctionnement, elle saisissait son besoin de se confier à elle pour ôter le poids sur sa conscience. Loin dans les tréfonds de son esprit tortueux, il devait penser que c’était pour le mieux. Elle espérait sincèrement qu’il s’était libéré du fardeau de ce lourd secret, elle ne comprenait simplement pas le geste qui avait précédé cette révélation. L’avait-il embrassé pour se souvenir une dernière fois du goût de ses lèvres ou bien par désir malsain de lui faire payer toutes les années qu’il avait passé en sa compagnie ? La détestait-il à ce point ? Ses paroles semblaient tellement lointaines qu’elle n’avait pas relevé les nombreuses déclarations d’amour qu’il avait ponctuées de-ci de-là. Son cœur brisé était désormais hermétique à son affection, elle s’assurerait que cela dure éternellement. La bouche entrouverte à cause de la surprise qui ne passait décidément pas, la sorcière posa un regard pesant sur son compagnon de jadis. Les sourcils froncés, elle secoua simplement la tête avec tristesse. Quel gâchis, songea-t-elle, incapable d’articuler le moindre mot tandis qu’à l’intérieur, sa rage grondait. Elle aurait souhaité lui hurler qu’elle ne pourrait jamais lui pardonner, qu’il n’était qu’un horrible personnage qui ne méritait pas son amour, qu’un porc qui l’avait ridiculisée, qu’elle lui souhaitait tous les maux du monde et qu’elle espérait qu’il finisse aussi mal que ses parents. Mais elle ne pouvait pousser ces réflexions plus loin. Car en dépit de tout, elle ne parvenait pas à le haïr, c’était plus fort qu’elle. Néanmoins, à cette seconde même, elle ne parvenait plus non plus à l’aimer. Rien de ce qu’elle aurait pu énoncer à la suite de son discours n’aurait eu de réel impact, ce fut pourquoi elle tourna les talons sans ajouter quoi que ce fut. Il ne méritait pas des remontrances artificielles ni des balbutiements hésitants, il méritait simplement son silence.

Aideen marcha à travers les couloirs d’une démarche rapide, comme si elle craignait d’entendre les pas d’Elwyn à sa suite. Cependant les seuls qu’elle perçut furent ceux de talons claquant contre le sol marbré ; la haute silhouette de sa mère se dessina face à elle et, pour la première fois, la jeune femme se sentit défaillir. Elle dut se maintenir au mur le plus proche, un bras en protection devant sa poitrine. Son cœur lui faisait incroyablement mal.
« Que vous arrive-t-il, mon enfant ? » demanda la Dame avec une mine inquiète. « Je suis tombée de cheval et me suis blessée à l’épaule. » Elle esquissa un sourire des plus pâles tout en se redressant sous le regard perçant de sa génitrice. « Assurez-vous de faire soigner votre blessure au plus vite, votre robe pour le bal est prête et je refuse qu’elle soit gâchée par une entaille sur votre peau diaphane. » Aideen détourna la tête pour masquer les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle n’était pas de taille à affronter ce genre de conversation badine, il était beaucoup trop tôt. « Bien, Mère. » Sans demander son reste, elle se courba en une rapide révérence et s’éloigna avant que le sujet Elwyn ne fût amené sur le tapis, ce qui n’aurait pas tardé puisque la rumeur de sa présence au château devait avoir fait le tour des terres désormais. Pourvu qu’il apprenne à fermer sa grande bouche et évite d’en créer une nouvelle qui lui ferait perdre toute légitimité.

[topic terminé]

_________________

    Leave it unspoken.
    things will never changeand our hearts will always separateforget about youI'll forget about you the things we never sayare better often left aloneforget about youI'll forget about this time.
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